Ryail 1.5

 
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Il se leva le lendemain, engourdi et visqueux. Le liquide que le dragon, sous lequel il s'était abrité pour la nuit, sécrétait, coulait de plus en plus, créant même des petites flaques dans les creux de la roche. Il sortit l'œuf, craignant qu'il ne se fasse recouvrir de la substance inconnue et le plaça à côté de l'endroit où il avait caché les écailles de sa mère. Une fois stabilisé, il se donna une mission. Aujourd'hui, il devait trouver une source d'eau et potentiellement un abri pour lui et son œuf.

Il escalada à nouveau la façade et s'assura que personne ne l'attendait à la sortie. Il n'était pas sûr que ce qu'il avait témoigné cette nuit était bien réel. Mais il n'avait jamais vu de dragons auparavant et celui-là n'était pas un rêve. En haut, il s'essuya du mieux qu'il pu avec l'herbe et les feuilles pour enlever un maximum du liquide qui lui collait à la peau. Une fois nettoyé, il partit explorer l'île, tout en gardant la falaise sur sa droite le plus proche possible de lui. Ses visiteurs étant partis de l'autre côté vers l'intérieur, la direction qu'il prenait ne devait pas poser de problèmes.

Il passa près de la moitié de la matinée à marcher le long de la falaise et à s'aventurer de quelques pas lorsqu'il pensait entendre quelque chose. Il fit une pause pour se reposer, assis sur le rebord, sa lance à côté de lui, il regardait l'océan en face lorsque son œil fut attiré par un mouvement le long de la façade. Une cascade ! Juste devant, il n'en avait que pour une ou deux heures de marche.

Il hésita à aller récupérer son œuf, mais estima qu'il était plus prudent d'aller voir les lieux d'abord. S'il devait fuir, ou combattre, mieux valait le faire les mains libres.

Arrivé sur place, il but autant qu'il put après être rentré un peu dans les terres pour trouver un endroit où le courant était calme et d'où il pouvait s'approcher de l'eau sans difficultés. Il n'avait pas trouvé d'endroit où se protéger pour la nuit, mais il n'avait pas non plus vu de traces de prédateurs. Seulement de petites empreintes, trop petites pour appartenir à un animal qui lui voulait du mal.

Pour retourner à son trou et gagner du temps, il décida de couper à travers les bois. Alors qu'il allait bientôt rejoindre la falaise, il sentit une odeur de fumée de bois. Intrigué, il prit la décision d'en trouver l'origine. Si un feu s'était déclaré, il était hors de question qu'il s'installe par ici, il avait même intérêt à partir le plus rapidement possible. Mais il prit quand même le risque et arriva jusqu'à une maison.

Trop petite pour n'importe quel adulte, elle devait sûrement appartenir à un habitant de l'île. Il n'avait rien à faire ici. La vieille avait été claire. Toute approche signifiait la guerre. Il se retourna et faillit s'empaler avec la lance qui lui était pointée dessus.

Un petit homme la tenait, il n'avait pas l'air de bien savoir s'en servir, mais son air sérieux ne lui donnait pas envie de savoir s'il avait raison. Il se mit à parler dans une langue qu'il ne comprenait pas, la même qu'il avait entendu la veille. Il faisait donc bien partie des autres habitants. Il espérait que si une personne parlait sa langue peut-être que c'était le cas pour d'autres.

« Excusez-moi. Je ne voulais pas m'imposer et vous déranger. Je vous en supplie, laissez moi partir. » Le petit homme qui ne devait pas avoir plus de quarante ans pencha la tête, l'air de réfléchir. Il redressa la tête et le piqua de sa lance, lui indiquant d'avancer vers la maison.

« Je ne voulais pas m'approcher de la maison, je vous le promets. Je ne savais même pas qu'elle était là. Je vais retourner dans mon trou et je n'en sortirai plus.

— Tais-toi et avance. » Il avait un accent, mais il parlait bien la même langue. Un espoir de s'en sortir !

Il piqua Ryail jusqu'à ce qu'ils furent tous les deux dans la maison. Du sang commençait à couler de sa jambe. Ça ne l'empêcherait pas de marcher comme avait pu le faire sa blessure lors de la fuite, mais il regrettait de plus en plus que le dragon soit mort.

    Il était rentré dans la maison avec sa lance et son hôte la frappa de la sienne. Ryail la posa par terre. Elle occupait toute la longueur de la maison, contrairement à celle du petit homme qui ressemblait plus à une flèche qu'il déposa à côté.

« Tu es arrivé il y a deux jours, c'est ça ? » Ryail hocha de la tête. « J'ai failli y passer moi aussi. Ça lui aurait bien arrangeait à cette vieille. Qu'est-ce que tu fais chez moi ?

— Je cherchais de l'eau. Je rentrais chercher mes affaires après avoir trouvé le fleuve. J'ai suivi la falaise jusqu'à voir la cascade. J'ai senti une odeur de fumée et j'ai décidé de venir voir ce que c'était. » Il pointa du doigt le petit feu qui faisait rage dans la minuscule cheminée. « Vous connaissez la suite.

— Cinq rotations que je n'ai vu personne. Comment t'appelles-tu petit ?

— Ryail.

— Si tu penses pouvoir faire l'aller-retour avant la nuit va chercher tes affaires sinon reste ici. Mieux vaut ne pas sortir la nuit. Tu as de la chance d'être encore en vie.

— Je peux rester avec vous ?

— Le temps que tu te trouves un autre abri. D'après ta réaction, tu n'es pas le bienvenu chez les dekelis. La vieille t'a rendu une petite visite n'est-ce pas ? » Ryail acquiesça.

— Comment est-ce que je peux vous appeler ?

— Tu ne le fais pas. Si tout se passe bien, tu n'auras pas besoin de connaître mon nom.

— Alors pourquoi m'avoir demandé le mien. »

Il prit une bûche des braises de ses mains nues et l'effrita au-dessus du feu, ne gardant qu'une poignée de cendres brûlantes qu'il porta dans une sorte de casserole.

« Tu ne connais rien de cet endroit. Si tu veux survivre plus de quelques jours tu devras me faire confiance. Connaître ton nom me sera utile et par conséquent te sera utile à toi aussi. » Il lui fit un signe de sa main pour qu'il sorte de la maison. Ryail se baissa pour attraper sa lance, mais l'inconnu la retint de son pied. Ses yeux s'arrêtèrent un instant sur la pointe en écaille. « Tu n'en auras pas besoin si tu reviens avant la nuit. Le cas échéant, elle ne te servira à rien. » Il releva la tête et regarda Ryail, lui adressant un grand sourire ce qui le mit plus mal à l'aise qu'autre chose.

Il n'avait pas perdu trop de temps, s'il accélérait le pas, il pouvait largement faire un aller-retour. Le problème serait pour l'œuf. Il n'avait aucune idée de comment le sortir ni de comment le déplacer sans perdre de vitesse. Il aviserait une fois sur place.

Il arriva en milieu d'après-midi. Il aurait dû demander quelque chose à manger, son ventre criait de faim et il avait peur de s'évanouir sous l'effort qu'il allait devoir fournir.

Il descendit dans le trou et retrouva le dragon en train de littéralement fondre sur place. Le corps s'était affaissé, les écailles étaient sorties et tombaient lentement, emmenées par le même liquide qui lui était tombé dessus pendant la nuit. La différence, c'était que là, tout le corps en était recouvert et créait une flaque sous son ventre. Il lui semblait même qu'il avait glissé vers le vide de quelques pas.

Le phénomène, bien que répugnant lorsqu'on en connaissait la nature, était presque envoûtant et calmant. Ryail se reprit et se retourna vers sa cache. Il récupéra les écailles qu'il alla déposer en haut pour éviter de se blesser lorsqu'il remonterait l'œuf et chercha un moyen de le remonter. N'en trouvant pas, il décida de redescendre et essayer de le remonter quand même.

Une fois en bas, il attrapa l'œuf et fut encore une fois étonné de son poids. Peut-être qu'après tout, il pourrait le monter sans problème, il lui suffirait de faire attention. C'est alors que ce dernier se mit à bouger. Comme en réponse à ses pensées, le propriétaire de la coquille fit des tours à l'intérieur et Ryail manqua de la lâcher. Ça y est ! C'était le moment, il allait éclore !