Ryail 1.3

 
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Le monstre qui se trouvait devant lui savait exactement sa position et le fixait d’une telle intensité qu’il n’osait pas bouger. Il ouvrit sa gueule, assez grande pour avaler deux hommes et sûrement assez puissante pour briser des rochers au bruit qu'elle fit en la refermant. Sa patte écailleuse et griffue raclait le sol désespérément, elle était coincée.

Ryail voulut en profiter et partir aussi vite qu'il pouvait, mais sa jambe l'en empêcha et il manqua de tomber dans le trou avec la créature qui ne ferait qu'une bouchée de lui. Il se reprit, se redressa et alors qu'il faisait les premiers pas un grognement mélangé de colère et de douleur retentit derrière lui, lui faisant lâcher sa canne improvisée. Ce grondement s'accompagna également d'un supplice.

Il pensait avoir halluciné la première fois. Mais elle se répéta.

Reviens !

Il regarda autour de lui, mais personne n'était là. La personne qu'il avait suivie plus tôt, s'il ne l'avait pas imaginé, était sûrement loin et une telle voix n'aurait pu provenir d'une si petite personne.

En bas, simple d'esprit.

En bas… En bas ! Quelqu'un était en danger dans le trou ! Il fallait qu'il lui vienne en aide. Mais s'était son père qui l'aidait lui d'habitude, ou sa sœur. Jamais il n'avait aidé qui que ce soit dans une telle situation. Il se pencha à nouveau au-dessus du monstre et chercha où il pouvait bien se cacher du monstre.

Si tu continues à m'appeler comme ça, je te promets de griller sur place ! Mon dernier repas sera maigre, mais des plus agréables !

La créature émit un grognement sourd et une fumée sortit de sa gueule. Et il comprit. La voix qu'il entendait était la sienne ! Il sentit ses cheveux sur sa nuque se hérisser. Elle n'émettait que des bruits d'animaux, mais elle lui parlait clairement.

Descends et appelle moi autrement, je t'en prie. Je n'en ai plus pour longtemps et j'ai besoin de ton aide.

Il la regarda, toujours sidéré. Elle se redressa du mieux qu'elle pu pour dévoiler ses blessures. Non seulement un éboulement lui avait écrasé la patte arrière droite, mais sa queue et un bout de son aile gauche avaient été sectionnés nets. Étrangement, aucune trace de sang n'était visible de sa queue et de son aile, comme s'ils étaient anciens. Mais sa patte était dans un autre état et tout effort pour se déplacer la faisait souffrir horriblement. Les quelques mouvements qu'elle fit pour lui montrer lui arrachèrent un cri de douleur, plus fort qu'il ne l'avait jamais entendu. Il avait des bêtes abattues pour moins que ça.

Alors tu comprends qu'il me reste peu de temps.

« Comment dois-je t'appeler ? » Il cria, ne sachant pas si elle l'entendrait. D'ailleurs pourquoi pensait-il que c'était un ELLE ? Il lui sembla qu'elle rigola.

Tu as raison, je suis bien une femelle. Quant à comment est-ce que tu m'appelle, les tiens nous nommes dragons, les habitants de cette île kratagas. Mon nom n'est pas compréhensible dans ta langue. Alors fais comme tu veux.

Dragons ? Kratagas ? Des gens ! Il n'avait donc pas imaginé la personne qui s'était enfuie devant lui ! Il n'avait toujours pas totalement confiance en ce dragon, mais elle était la seule qui l'avait aidé jusqu'à présent et il décida d'en faire autant et entreprit de descendre.

Il avait dû laisser son bâton en haut et une fois arriver bas, non sans douleur, il ne put avancer qu'en rampant après être tombé en avançant un maximum à cloche pieds.

Il s'était avancé en direction de sa blessure, ne sachant ce qu'il allait faire une fois devant. La patte avant de la dragonne s'interposa avant qu'il ne pût arriver à destination. La patte immense devant lui devait faire au moins sa taille et chaque griffe faisait bien la taille de sa tête. Il remarqua que certaines écailles manquaient, d'un vert sombre, elles devaient sûrement scintiller de mille feux dans le passé.

Nous sommes les créatures les plus splendides que tu n'aies jamais vues et j'espère que tu en verras d'autres. Imagine le soleil briller sur nos corps, et nos écailles refléter cette lumière. Imagine une centaine d'entre nous voler dans le ciel, d'une centaine de couleurs et plonger à l'unisson dans l'océan pour illuminer les fonds. Imagine nous dormir sur le sable chaud, reprendre des forces pour répéter ce cycle encore et encore jusqu'à ce que le soleil ne soit plus. Ce jour est arrivé pour moi et il arrivera très vite pour le reste du monde.

Elle avait rapproché sa tête de celle de Ryail et fixait désormais son œil directement dans les siens.

Je ne devrais pas être ici. Et si je ne me trompe pas, toi non plus. J'ai n'ai pas d'autres choix que de te faire confiance, je ne peux communiquer avec les habitants de cette île et les miens sont bien trop loin désormais.

Elle se pencha encore un peu et le toucha sur sa jambe.

Tu devrais pouvoir te déplacer normalement maintenant.

En effet, la blessure à sa jambe avait disparu emmenant par la même occasion la douleur. Il se redressa et la mit à l'épreuve. Aucune gêne ! « Merci. Comment as-tu fait ? »

Comment j'ai fait importe peu. Tu apprendras toi aussi comment faire, mais pour l'instant, je dois te demander quelque chose. Quelque chose qu'il m'est impossible de réaliser moi-même.

Elle ouvrit son autre aile, celle qui était intacte et, sur le sol, proche de son torse, reposait un œuf. Il n'en avait jamais vu d'aussi gros et d'aussi étrange. Il était marron et tendait très fortement au rouge. Et lorsqu'avec délicatesse, elle le récupéra et le déposa devant lui, il put voir que la coque n'était pas lisse mais rugueuse et bossue à certains endroits.

Pose ta main dessus.

Il s'exécuta et à nouveau elle apposa son menton sur lui, sa tête cette fois-ci. Une sensation étrange le parcourut qu'il sentit s'étendre jusque dans l'œuf.

Mets le en sécurité jusqu'à son éclosion et protège le de ta vie jusqu'à la fin de la sienne ou c'est la tienne qui sera prise. Tel est le marché que vous avez passé.

« Un marché ? Comment ça ? J'ai rien dit moi ! » Il retira immédiatement sa main de l'œuf, comme s'il était en ébullition.

Je t'ai sauvé la vie à quatre reprises, épuisant mes forces, le marché que tu as passé est plus que convenable. Maintenant, si tu veux le laisser ici pendant que tu cherches un lieu sûr, mon corps devrait pouvoir éloigner toutes menaces un certain temps. Mais tu devras revenir pour remplir ta part du marché.

Elle posa sa tête par terre, ferma les yeux et s'affaissa. Son soleil venait de s'éteindre pour qu'un autre puisse briller.