Prologue : L'expédition

 
 
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Les terres gelées du nord se dévoilaient petit à petit, la force du navire de l’empire nous permettant d’avancer depuis maintenant trois jours dans la banquise. Nous nous étions préparés à cet accueil, mais le vivre était autre chose que de l’imaginer. Le capitaine nous avait prévenu qu’ils allaient bientôt devoir faire demi-tour et que nous débarquerions dans la journée. Notre équipe d’expédition montée dans l’urgence allait enfin pouvoir faire ses preuves. Personne depuis plus de sept cent ans n’avait posé le pied sur ces terres et moi, Biliezia allait être la première femme à les explorer !

Les ravages de la guerre avaient mis en pièces les trois empires et seule la promesse de nouvelles terres inexplorées avait permis de retrouver la paix. Personne ne savait plus pourquoi l’interdiction de les arpenter avait été imposée et les gens étaient prêts à braver les plus folles rumeurs et légendes pour oublier la guerre.

C’était pour ça que notre équipe avait été mise sur pied. Quinze personnes, issues des trois empires, étaient chargées d’explorer et de rendre compte de l’état des terres au-delà des glaces. Trois aides, chargées de transporter le matériel supplémentaire, allaient également nous suivre. Ensemble nous allions partir à l’aventure et découvrir de nouveaux territoires et qui sait, peut être que nous pourrions croiser de nouvelles espèces et d’anciennes cités ! Tant de possibilités s’ouvraient à nous que je n’arrivais pas à tenir en place !

Nhungji sortit de la cale en s’appuyant sur la rambarde. Je lui fis signe de la main de me rejoindre. Il ne supportait pas bien le voyage et essayait sans beaucoup de succès de s’acclimater aux mouvements de l’eau depuis le début. Il ne se sentait mieux que depuis que nous étions rentrés dans les glaces. Cependant, son estomac n’était pas sa seule préoccupation. N’ayant pas participé à la guerre, tout comme Uppal, ils avaient été tous les deux pris à partie à plusieurs reprises par le reste de l’équipe. Nhungji participait justement pour se rattraper et changer son image qu’il s’était forgée de “lâche”. Tandis qu’Uppal n’avait pas eu le choix… Il n’était pas directement héritier d’un des trois empires, mais sa place qui lui avait d’abord permis d’éviter la guerre, le contraignait désormais à participer à l’expédition en tant qu’émissaire.

« Je viens de parler au capitaine, nous devrions arriver dans la journée. » Nhungji s’accouda à côté de moi et pencha sa tête en bas. « Nous allons encore dormir ici ce soir et partirons demain matin dès que possible. Le plus tôt sera le mieux si tu veux mon avis.

— C’est dommage.

— Vous avez une chambre pour deux avec Lira, mais j’en peux plus d’être bousculé dans tous les sens et d’être serré comme des poissons de moins en moins frais dans cette calle.

— Non, pas ça. Quitter ce navire nous fera tous du bien. J’aurais juste aimé que mon frère soit là. Il a perdu un bras dans une bataille et a été jugé inapte à nous accompagner. Nous devions y aller ensemble et découvrir ce nouveau monde ensemble. Il est parti de son côté après l’annonce, direction le désert et moi la banquise. Quelle ironie ! »

Nhungji redressa la tête pour me regarder. Je ne sus pas s’il s’attendait à voir des larmes, mais mon sourire ne s’en irait pas tant que je serai à la proue. « Qu’est-ce que tu penses que l’on va trouver ? Si ça se trouve, ce n’est qu’une île sans intérêt et nous serons de retour dans une semaine. » Je le regardai à mon tour. Il ne croyait pas un mot de ce qu’il avait dit. Comme tout le monde, il avait lu ou entendu les histoires que l’on racontait sur cet endroit. Bien que personne n’y vivait, le peu de textes faisait comptes de terres telles que les nôtres à perte de vue. La traversée de ces lieux peu accueillants était cependant nécessaire pour y accéder. « Dans ce cas, nous ne serons payés que plus rapidement. Je pourrais rejoindre mon frère et les autres retourneront à leurs activités. La déception de cette entreprise plongera certainement à nouveau le monde dans le chaos et la guerre reprendra de plus belle. Tu ne pourras pas y échapper cette fois et tu croiseras quelqu’un que tu devras tuer. Si j’en crois les rumeurs, tu n’en auras pas la force et tu iras rejoindre tes ancêtres. Fin de l’histoire !

— C’est pas gentil ça. T’as la belle vie dans cette histoire.

— Haha ! Quant à moi, je me perdrais dans le désert, sur le point de mourir de soif, un marchand me récupérera. J’aurais alors le choix de servir comme esclave - et tu sais comment ils sont utilisés dans leurs régions - ou devenir sa femme. Le jour de mon mariage, j’apercevrais mon frère, docile comme un chien, en train de servir les invités. Je n’aurais plus qu’à implorer mon nouveau mari de le libérer, mais il n'en verrait qu’un problème et déciderait de le tuer sans attendre. Crois-moi, je n’attendrais pas le soir avant de prendre ma propre vie. » Je lui tirai la langue. Même si ce que j’avais dit pouvait être possible, il était plus probable que nous ne quittions jamais le port si nous revenions trop tôt. La paix valait bien la vie d’une vingtaine de personnes.

Un bloc de glace ébranla le bateau. Ces secousses ne me dérangeaient pas plus que ça, mais je vis Nhungji tourner de l’œil. Il me fit un signe de la main, abandonnant la conversation et retourna à l’abri dans ses quartiers si accueillants. Je décidais d’en faire autant, j’avais promis à Lira de lui faire essayer du sable liquide. C’était une vétéran, mais les aptitudes recherchées dans une expédition n’étaient pas exactement celles que l’on trouvait chez les guerriers.


Lira me réveilla d’un coup de pied dans ce qui nous servait de lit. « Nous nous sommes enfin arrêtés ! On part faire un tour avec d'autres pour nous changer d’air et toucher le sol. Nous devrions être de retour pour le repas ce soir. Tu veux te joindre à nous ?

- Non merci. On va suffisamment en profiter à partir de demain. Mais que ça ne vous empêche pas de vous amuser. » Je la regardais partir, confuse. À quel moment m’étais-je endormie ? L’excitation qui était retombée ? Non, ça ne devrait pas arriver avant plusieurs jours. Une maladie ? Ça serait bien dommage, mais utile de le savoir avant de débarquer.

Un coup d’œil aux flacons. Ils sont tous pleins, j’avais eu le temps de préparer six rations de sables liquides avant de m’endormir, ce qui était encore plus étrange étant donné que la première utilisation de cette recette est d’augmenter l’endurance. Rien que les effluves auraient dû me maintenir éveillée. Je pris la décision d’aller voir notre médecin.

Je ne m’étais pas habillée pour aller dehors et rien que le chemin entre notre cabine est la calle des hommes était assez "revigorant" pour raidir mes cheveux. Arrivée à destination, je repérai Dorhian.

Nos trois empires ayant décidé de s’unir dans cette exploration pour arrêter la guerre, différents groupes étaient tout de même visibles. Se retrouver à trente, avec le même objectif et trouver le moyen de créer des potentiels conflits, c'était bien le propre de l’Homme. Le pire devait être pour ceux qui étaient rejetés des leurs. Ils n’étaient que deux, tassés au fond, comme s’ils essayés de ne plus être là. Nhungji avait dû vouloir aller faire un tour sur la terre ferme.

J’aperçus notre docteur en train d’animer une partie de dés. Il faisait partie de ces gens qui arrivaient à s’intégrer partout. Et même si sa petite taille sortait de l’ordinaire, il était l’un des seuls à pouvoir discuter avec tout le monde. C’était sûrement pour cette raison qu’il avait été sélectionné.

« Dis, Dorhian, je peux te voir deux minutes ? » Il me regarda, puis ses camarades et leur demanda de continuer sans eux. Tandis que nous nous dirigions dans une réserve certains nous sifflaient tandis que d’autres préféraient nous huer.

Je lui expliquai ce qu’il s’était passé et mon inquiétude d’être tombé malade à bord. Il posa sa main sur mon front. Son contact si chaud faisait contraste avec le froid extérieur, c’était bien plus agréable que ce à quoi je m’attendais. Pas que je m’attendais à quoi que ce soit ! Il me regarda dans les yeux. Cette situation était en train de devenir gênante. Je lui retirai la main. « Votre avi docteur ?

— Je ne vois rien d’anormal. Tu aurais peut-être dû éviter toutes ces sorties sur le pont, comme il l’a été conseillé aux non habitués. Tu veux mon conseil de docteur ? Joins-toi à nous » Il attrapa un morceau de fromage et me le tendit en souriant. « Ça sera ta mise de départ.

— Très peu pour moi, mais merci pour le fromage. » Je me saisis de l’odorante nourriture et la rangeai dans ma poche. En repartant, je remarquai que Nhungji était de retour. Il n’était donc pas parti avec les autres.

Je retournai à ma chambre afin de préparer mes affaires. Il était hors de question de confier du sable liquide à des aides. La première chose qu’ils feraient serait de le boire pour se faciliter le travail alors qu’il ne devait être utilisé qu’en dernier recours. Ou récréativement à petites doses. Lira y aurait droit demain si elle le souhaitait, elle n’en avait jamais pris et certaines personnes pouvait acquérir la capacité de mieux contrôler leur corps après leur première prise. Qui savait, ça pouvait lui être utile sur le long terme.


Malgré toute ma volonté, je n’arrivai pas à m’endormir, sûrement à cause de ma sieste involontaire, et décidai d’aller faire un tour dehors. Je pris ma veste et sortis dans le froid. Le vent faisait claquer des cordes. Certains matelots préféraient les laisser libres pour éviter qu’elles ne gèlent dans la nuit. Une légende voulait qu’un navire eût toutes ses cordes d’attache gelées dans la nuit et lorsque l’équipage essaya de les détacher certaines se brisèrent net, laissant l’embarcation à la dérive. L’histoire racontait le voyage et les aventures de ses occupants, maudits de parcourir les flots sans pouvoir rentrer chez eux.

Je m’étais toujours demandée pourquoi ils n’avaient pas utilisé d’autres cordes ou tout simplement abandonné leur navire, mais surtout comment cette histoire nous était parvenue. Quelqu’un en avait-il réchappé ? Ou était-ce inventé de toute part ? Si quelqu'un devait le savoir, c'étaient bien les étoiles.

Alors que je m'ébahissais devant l'infinité scintillante, quelque chose passa au-dessus de moi. Un oiseau ? Non, aucun être vivant viendrait s’aventurait par ici. D’autant plus que nous n’en avions vu aucun depuis notre arrivée. Était-ce normal d’ailleurs ? Je demanderais à Nhungji demain. Les premières lueurs arrivèrent sur la glace qui commençait à briller de mille feux à l’horizon. Je ferais mieux d’aller me reposer une heure ou deux avant de partir.


Étrangement, le départ se déroula dans une bonne ambiance. Lira ne souhaita pas prendre de sable liquide, prétextant qu’elle préférait rester elle-même, tout du moins pour le début de l’aventure. Nous nous éloignâmes petit à petit du navire et de la sécurité qu’il nous assurait pour nous enfoncer dans cette inconnue glaciale. Il devait cependant rester sur place pendant une semaine pour nous laisser le temps de faire demi-tour si quelque chose n’allait pas dans les premiers jours de l'aventure.

Je ne revis pas l’oiseau de la veille et n’en fit pas non plus une histoire auprès de Nhungji qui avait assez de mal à avancer pour l'embêter avec ça. Nous marchâmes, d’arrache pieds pendant trois jours, jusqu’à ce qu'à ce que les montagnes furent à portée de vue. Le groupe commença alors à reprendre des couleurs et Lira décida de prendre le sable. Ne pouvant pas dormir, elle décida de rester éveillée toute la nuit et de surveiller le camp.


Tard dans la nuit, elle nous réveilla, affolée, et nous dit tout bas que nous n’étions pas seul. Le silence de la nuit glacée ne nous mettait pas en confiance. « Calme toi Lira, que ce passe-t-il ? Tu as vu quelque chose ? Demanda Dorhian.

— C’est ce que lui a donné l’autre, ça lui file des hallucinations à coup sûr.

Je ne connaissais pas bien celui qui m’avait lancé cette pique. En tout cas, il n’avait pas tort, il était fort possible que la préparation est mal tournée.

— Combien de temps est-ce que ça va durer Bilie ?

— Ça dépend. Un jour ou deux dans les pires cas. Je ne me suis pourtant jamais trompée ! Mais si c'est ce que je crois, je n’en ai entendu que de mauvaises histoires. » Je lui passai la main sur le front. Rien. Elle regarda autour d’elle comme si nous allions être attaqués. Son expérience à l’armée pouvait la rendre dangereuse si l’idée lui prenait de nous voir comme l’ennemi. Je fis signe à Dorhian et lui expliquai mon idée. Il hocha la tête, se dirigea vers ses affaires et en ressortit un bâton et un bocal rempli d’un liquide qui m’était inconnu. Après avoir plongé le bâton dans le bocal, ce dernier se mit à produire une fumée verte. Il s’empressa de placer le bâton devant le visage de Lira pour qu’elle en respire la fumée. Elle nous regardait à tour de rôle, la peur dans ses yeux me hérissa les poils de la nuque et quelque chose me dit, au fond de moi, me dit que son état n'était pas seulement dû au sable. Elle finit par s’effondrer dans les bras d’Uppal et de l’aimable de tout à l’heure.

Je pris Dorhian à l’écart. « Nous ne pouvons pas nous permettre de rester ici à la veiller. Nous manquerons de nourriture avant d’apercevoir la moindre proie. Vous devriez partir en avant, je reste ici avec Lira. Dès que vous pouvez chasser, montez un campement, on vous y retrouvera.

— Je suis d’accord pour la nourriture, mais tu ne resteras pas seule avec elle. Si son état empire ou si elle devient à nouveau agressive tu ne pourras rien faire.

Il fit signe à Nhungji et un porteur.

— Je vous charge de rester ici et de veiller sur Lira. Si quoi que ce soit se passe, Junt, tu viens le plus rapidement nous chercher. On va se répartir tes sacs entre nous et vous n’aurez que le strict minimum. Nous devrions atteindre une zone plus accueillante d’ici une semaine. Si dans deux semaines nous n’avons pas de vos nouvelles nous repartirons. Vous pouvez décider de retourner au navire si vous le souhaitez, personne ne vous jugera. »

Sur ce, le reste du groupe se partagea les paquets de l’aide qui restait avec nous et repartit le lendemain matin. Nous laissant dans le froid autour d’un feu qui essayait tant bien que mal de nous fournir sa chaleur.


Lira se réveilla la nuit de la première journée. Toujours apeurée mais moins que la veille, elle nous promit ne pas être malade. Elle nous dit que ses sens étaient en alerte et qu’elle n’avait pas pu s'empêcher de crier plus tôt. Cependant, d’après elle, cela semblait s’être calmé. Sur ses gardes, elle mangea sa ration et celle de la veille. Si elle reprenait assez de forces, nous pourrions repartir le lendemain et peut-être rattraper les autres avant qu’ils n’aient découvert tous les trésors.

Comme prévu, nous repartîmes le lendemain matin. Lira n’ayant pu dormir, elle avait passé toute la nuit à tenir compagnie à ceux chargés de monter la garde. Étonnement, elle ne montrait aucun signe de fatigue ce matin.

Junt s’avéra être très sociable bien que réservé. Il partait souvent en éclaireur, nous devançant à une vitesse incroyable malgré l'épaisseur de neige qui nous ralentissait, comme si les poids lui servaient à avoir une allure correcte. À chaque fois qu’il revenait, il nous indiquait le chemin que les autres avaient pris. D’après lui, nous devions rapidement les rattraper. Lira s’aventura à le suivre le deuxième jour, mais nous la retrouvâmes une heure plus tard à nous attendre en train de reprendre son souffle. Le sable liquide avait sûrement eu un effet plus intense qu’habituellement, mais il ne serait qu’éphémère semblerait-il.


Le lendemain matin, Junt nous réveilla plus tôt que d’habitude. Agité, il marmonnait quelques mots. Le seul que nous arrivâmes à comprendre fut “sang”. Lira réagit immédiatement et s’affola de nouveaux comme le premier soir. Cependant, gardant mieux son sang-froid elle put nous indiquer que quelque chose n’allait pas. « Dehors ! La forêt est plus proche ! » Junt prit son sac et s’en alla à toute allure dans la direction opposée, revenant sur nos pas. Lira, quant à elle, porta sa main à son épée sur son flanc, réflexe de soldat, mais ne l'y trouva pas, une épée n’était pas utile dans une expédition de ce type. Elle se saisit par manque de choix de son poignard et nous indiqua de faire de même.

Des cris nous parvinrent en direction de la forêt, nous ne devions vraiment pas être loin du groupe et aurions pu passer la nuit tous ensemble. Bien que cela n’aurait rien changé à ce qui arriva ensuite. Les cris se turent et nous comprîmes vite pourquoi. Nous comprîmes également que nos armes allaient s’avérer inefficaces face à la situation. La terre s’était soudainement soulevée autour de nous, nous prenant au piège. La neige se mit alors à chuter de chaque côté de ces montagnes de plusieurs dizaines de mètres qui venaient d'apparaître. Entraînant le reste de neige, c'était une véritable avalanche qui nous arrivait dessus. Nous nous regardâmes, impuissants.

Lira pointa alors du doigt quelque chose en haut d’un des monticules. Elle s’empara de l’arc que Nhungji avait gardé au cas où nous ne réussissions pas à retrouver les autres. Sans prendre le temps de viser, elle décocha la flèche qui fila en direction de la cible qu’elle avait repéré. L’avait-elle touché, je ne le sus pas, l’instant d’après je perdis connaissance, enveloppée par cette masse lourde et plus froide que je n'avais jamais ressenti.



***


Je ne savais pas depuis combien de temps nous étions restés dans cette grotte. Deux mois, trois, peut-être plus. Seulement neuf d’entre nous étions ici. Les autres étaient sûrement morts lors de l’attaque. Lira avait bel et bien identifié la menace ce jour-là, mais lui tirer dessus n’avait apparemment pas eu d’effets, ou elle ne l’avait pas touché. Notre ravisseuse, bien qu’elle en eût l’apparence, n’était pas humaine et c’était tout ce que nous savions d’elle.

Chacun d’entre nous était relié à l’aide d’une étrange chaîne à un objet qui semblait sortir du sol. Apparemment, l’objet représentait la personne auquel il était rattaché. Uppal parlait de magie et pensait que notre énergie était utilisée afin d’alimenter une arme destinée à anéantir le continent. Je ne savais pas si je devais le croire, ni même si je croyais à la magie. Elle aurait été abondante dans le passé, mais plus personne n’en avait observé depuis de longues années. En tout cas, les artefacts étaient bel et bien spéciaux. Après en avoir touché un pour essayer de se libérer, Dorhian s’était évanouit. Cela faisait maintenant deux semaines et bien qu’il fut toujours en vie, il ne réagissait à rien.

Depuis peu, d’autres personnes étaient arrivées. Nous pensions qu’elles étaient dans le même cas que nous. Nous ne les vîmes pas, mais nous pouvions les entendre. Leurs accents et façons de s’exprimer nous laissaient penser que seulement deux royaumes avaient envoyé de l’aide pour nous sauver. Bien que rien ne nous disait qu’ils étaient là pour nous secourir.

La grotte était assez grande pour contenir tout un village d’après ce que nous entendions. La seule lumière provenait du plafond de la grotte qui éclairait d'un rayonnement bleuâtre léger. De notre alcôve qui nous servait de geôle, nous ne pouvions pas voir grand chose, mais assez pour savoir que l’entrée n’était pas à côté. Nous étions prisonniers d’une étrangère capables de contrôler la terre, dans un endroit inconnu possiblement à l’autre bout du monde, entravés par une magie dont nous ignorions tout. Nous ne pouvions pas continuer comme ça. Dorhian avait raison. « Je vais essayer de savoir ce qui lui est arrivé.

— Comment ça ? Me demanda Nhungji.

— En touchant moi aussi mon objet. Mais pas comme l’a fait Dorhian, j’avais gardé un peu de sable liquide dans mon manteau. Notre hôte se sent assez en confiance pour ne pas nous avoir fouillé avant de nous amener ici. Si j’ai raison, il devrait me permettre de garder le contrôle de mon corps et je devrais pouvoir revenir à moi.

— Dorhian est docteur, il savait ce qu’il faisait. » C’était Brunpart, celui qui nous avait aidé lorsque Lira avait pris le sable liquide. S’il était vraiment mal dosé, je risquais fort d’y rester pour de bons et pas seulement d’être dans le coma. « Et pourquoi ne lui en as tu pas proposé avant qu’il ne le touche ?

— Je n’avais aucune idée de ce qu’il allait se passait.

— De toute façon nous devons en savoir plus. C’était Uppal. Si tu ne reviens pas, je ferais comme toi. »

Ils me fixaient tous du regard, attendant ma réaction. Je hochai la tête, ouvrai la fiole que je gardais dans mon manteau et en avalai le contenu. L’effet ne se fit pas attendre. La lumière devint plus intense et bien que la grotte ne se dévoila pas davantage. Les bruits qui me parvinrent me permirent de savoir que nous étions désormais au moins une centaine. Aucune information sur notre ravisseuse cependant.

Je les regardai à mon tour et me dirigeai à quatre pattes vers l’autre fiole de sable liquide qui pointait du sol. Je tendis ma main pour l’atteindre. Instantanément, une attraction se fit ressentir, comme si mon esprit se faisait aspirer. Impossible de faire marche arrière ou de les prévenir maintenant. Alors que ma main n’avait pas encore atteint sa destination, l’attraction devint de plus en plus forte et je me sentis aspirée dans le goulot. Je perdis connaissance au contact de la fiole.