Merelya 1.5

 
PDF

    L'épée dans une main, un bouclier dans l'autre, Merelya était aussi prête qu'elle pouvait l'être. Elle et ses deux camarades avaient été retenus dans des cellules pendant presque deux journées. Ils n'avaient eu aucune nouvelle de Chetif, mais il était assez malin pour échapper à n'importe qui, elle ne se faisait pas de soucis pour lui. Elle ne savait pas s'ils avaient récupéré le bâton en même temps qu'elle et si un combat avait eu lieu. D'après Bunlo et Villem, ils n'avaient remarqué son absence ainsi que celle de l'arme magique le matin.

Il y a environ une heure, des soldats étaient venus la chercher et l'avaient traîné sous la lumière de la lune hors de la ville sur un terrain plat à l'orée d'une forêt. Tout avait été préparé. Armes de toutes sortes, boucliers, rondaches, casques, armures, elle avait eu le choix. Elle avait opté pour une lame simple et un bouclier, avec en dernier secours une dague à sa hanche.

Son adversaire n'était pas encore là, mais elle se doutait du type d'adversaire qu'elle aurait à affronter. Tant qu'il n'y avait pas de magie impliquée, elle devrait pouvoir s'en sortir.

Ses geôliers étaient allés rejoindre trois des personnes qui étaient présentes la veille dont l'homme de l'ombre. Si jamais elle gagnait, elle devrait ensuite les combattre, il était hors de question qu'elle soit à leurs ordres.

Merelya les regardait lorsque la flèche siffla depuis les arbres et manqua de lui transpercer le bras après avoir traversé le bouclier. La menace était déjà là et avait eu le temps de se cacher. Elle était persuadée que son adversaire aurait pu traverser complètement sa défense, il voulait juste attirer son attention.

Elle lâcha le bouclier qui allait s'avérer être un poids plus qu'une protection. Se jetant au sol pour éviter une autre flèche, elle en profita pour ramasser une autre épée.

Son cœur commençait à prendre le rythme de croisière qu'elle connaissait et appréciait. Sentir sa poitrine battre aussi rapidement lui donnait l'impression de pouvoir tout faire. Y compris débusquer le lâche qui l'attaquait à distance sous couvert des arbres.

Une autre flèche. Il était rapide. Avec un peu de chance, il serait à court de munitions et elle n'aurait plus qu'à le cueillir en haut d'un arbre.

Merelya courut jusqu'au premier arbre et se plaqua contre le tronc. Les tirs venaient de la droite. Elle s'engouffra dans la forêt tout en restant à l'abri, cachée par les arbres. Les flèches lui indiquaient la direction qu'elle devait suivre ce qui lui facilitait le travail.

Elle esquiva deux flèches qui arrivèrent presque en même temps. Quelque chose n'allait pas. Elle aperçut une forme bouger entre les arbres. Un autre adversaire ? Non, son instinct lui disait qu'elle était seule avec l'ennemi. Mais si elle l'avait vu courir au sol, alors qui tirait ?

Une flèche lui arracha un morceau de tissu sur son épaule et continua sa trajectoire. Celle-là ne venait pas du même endroit. Plus elle avançait dans la forêt moins ce combat n'avait de sens.

Elle dut se protéger à l'aide de ses épées pour éviter d'en prendre une entre les yeux. En face d'elle, se trouvait l'arc qui l'avait tiré. Un arc, mais pas d'archer. Elle se précipita jusqu'à l'arbre en question et trouva une corde. Il était actionné à distance !

Derrière elle, une flèche se ficha dans le sol. Puis une autre un peu plus loin. Aussi étrange que cela puisse paraître, elle n'était plus la cible. Elle saisit le fil et le suivit. Il l'emmena à quelques pas d'un pieu planté dans le sol décoré d'un ruban bleu. Le fil avait été sectionné, libérant la corde de l'arc.

À quelques pas sur sa gauche, elle en vit un autre, puis encore un. Elle les suivit jusqu'à en trouver un qui n'était pas coupé. Son adversaire était dans le coin.

Merelya s'accouda à l'arbre qui abritait l'arc et observa les alentours. Rien, aucune trace de pas indiquant un passage.

Elle faillit le manquer. Petit, caché dans un arbre, il tendait un arc et la visait directement. Elle s'agenouilla pour esquiver la flèche et partit le plus vite possible vers l'arbre en question. Cette fois-ci, il ne pourrait pas enchaîner les tirs.

Cachée, elle attendait un nouveau tir. Au bout d'un moment, elle se risqua à regarder dans sa destination. Il n'était plus dans l'arbre. Elle n'avait pas d'autre choix que de s'y diriger quand même, elle n'allait pas attendre que le garnement lui tombe dessus.

Elle entendit un bruit derrière elle, comme un rire d'un oiseau. Son attention détournée, elle faillit ne pas voir la corde tendue au sol. Elle sauta à plat ventre pour ne pas l'enclencher.

Sous ses doigts, elle attrapa un filet, elle avait bien évité un piège à la dernière seconde. En se redressant, elle vit l'enfant debout, en face d'elle, une corde à la main.

Sans réfléchir, elle sortit sa dague et alors que le temps sembla s'arrêter lorsqu'il la lâcha, Merelya repéra le mécanisme du piège, et trouva la corde qui l'entraverait et signait sa perte. Alors qu'elle se tendait pour redresser le filet bien trop grand pour s'en sortir à temps, elle lança sa dague dessus et sectionna la corde.

Le visage du garçon se figea et ses yeux s'écarquillèrent. Elle ne voulait pas lui faire du mal, mais malheureusement, c'était elle ou lui. Elle s'avança dans sa direction et il tomba en arrière.

Avant même qu'elle ne put l'atteindre, un portail s'ouvrit à côté du garçon et la salle, dans laquelle elle avait été convoquée la veille, apparut. Elle pouvait voir non seulement les membres de l'autre fois, mais également Villem et Bunlo qui souriait jusqu'aux oreilles.

« Madame Vantese, veuillez me pardonner. Ce stratagème était mon idée. Mais j'espère que vous comprenez pourquoi K'tilo vous a choisi. Personne d'autre n'aurait pu survivre à un tel assaut. » Le chef se leva et s'approcha du portail, lui tendant la main. « Veuillez nous rejoindre, je vous prie. Nous devons discuter de votre mission. »

Merelya regarda le garçon au sol.

— Alors je n'ai pas à le tuer pour vous satisfaire ? Je pensais que je devais combattre le meilleur de vos soldats.

— Et je suis sûr qu'il vous surpassera un jour. Savez-vous combien de pièges il a activé ? Il avait prévu que moins de la moitié ne serviraient pas. Il semblerait qu'il ait était optimiste. »

Merelya s'approcha du garçon et lui tendit la main. Il le releva et il traversa le portail, et s'assit sur une des chaises.

Les comportements des gens de cet endroit continuaient de l'étonner. Elle traversa à son tour le portail, ignorant la main qui lui était proposée.

« Vous allez bien ?

— On va bien, Merelya. Chetif doit se cacher quelque part à attendre de pouvoir frapper pour nous libérer.

— Ne vous en faites pas. Si mes hommes le retrouvent, aucun mal ne lui sera fait. »

Merelya le regarda et jeta un coup d'œil à Villem et Bunlo qui gardait toujours son air stupide. Elle tira une chaise et s'assit.

— Très bien. Je vous écoute. »