Merelya 1.4

 
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Merelya rouvrit les yeux dans une pièce vide, bien plus grande qu'une cellule, mais dépourvue de tout meuble hormis du lit sur lequel elle était. Elle se leva et renversa le verre posé sur le plateau en bas du lit. Ils lui avaient enlevé ses chaussures et elle se mouilla les pieds. Après avoir maudit celui qui avait plaçait le plateau là et criait à la porte pour qu'on lui ouvre, la douleur du combat, si on pouvait appeler ce qui s'était passé un combat, se fit ressentir. Elle posa sa main à l'arrière de son crâne, mais elle n'y sentit qu'une bosse, pas de blessure ouverte. C'était déjà ça.

Elle continua de crier un moment, mais personne ne daigna venir. Elle se dirigea vers l'unique fenêtre. Elle était dans le château de la cité, dans une des tours apparemment. De là où elle était, elle pouvait voir une partie de la ville sur sa gauche, le fleuve qui la longeait et les plaines vertes en face et un village au loin. Quel drôle d'endroit pour construire une forteresse. À part le fleuve, d'un côté, le reste de la cité et du château était complètement exposé.

Quelqu'un ouvrit la porte et deux soldats entrèrent et lui firent signe de sortir et de les suivre. Elle franchit le pas de la porte, le couloir n'était presque pas éclairé, la lumière venant principalement des torches des soldats qui l'escortaient. Ils l'amenèrent dans les escaliers et descendirent pendant ce qui sembla être une éternité. Ils devaient être en dessous du niveau du sol lorsqu'ils empruntèrent un autre long couloir, qui déboucha à nouveau sur des escaliers qu'ils remontèrent. Ils en sortirent plus tôt qu'ils n'avaient descendu le précédent et débouchèrent directement sur une grande pièce, décorée à ne plus savoir où regardait. Des personnes l'attendaient.

Assises autour d'une table pour la plupart, deux soldats gardaient la porte principale - et non celle par laquelle elle était venue - une attendait dans l'ombre, derrière une bibliothèque remplie de livres, tous plus gros que tous ceux qu'elle avait jamais vu et, après avoir vu un mouvement dans un des murs, elle comprit qu'une dernière personne les observait. Elle ne savait ni pourquoi elle était là ni comment elle devait se comporter. Tous les yeux fixés sur elle, Merelya attendait le début des hostilités, bien que de telles personnes n'étaient pas préparées au combat.

Ce fut un des hommes assis autour de la table qui prit en premier la parole.

« On a donc attendu deux ans pour ça et il n'est même pas là pour s'expliquer ? C'est ridicule, Gadabe fera l'affaire.

— On n'a pas besoin de quelqu'un qui fasse "l'affaire", on a besoin de quelqu'un capable de tenir tête à n'importe qui, dans n'importe quelle situation. Pour faire simple, on a besoin de la meilleure lame qui existe. Gadabe ne réfléchit jamais, il est fort, je te l'accorde, mais si une réflexion est nécessaire, il nous condamnera tous. Si K'tilo dit qu'elle est la meilleure alors ça doit être le cas.

— Je ne sais pas ce qu'elle vaut sur le terrain, mais une chose est sûr, elle a assez d'expérience pour m'avoir trouvé. » Il sortit de sa cachette et s'appuya sur une des chaises. « Et je suis même persuadé qu'elle a repéré notre ami.

— C'est une étrangère, comment savoir si elle ne nous trahira pas ?

— Parce que ta montagne de muscle est loyale peut-être ? » C'était une des deux femmes présentes autour de la table qui venait de prendre la parole. Grande et plus pâle que personne qu'elle n'avait jamais vu, elle se demandait comment elle pouvait encore être en vie. « Comment t'appelles-tu soldat ? » Elle mit un moment avant de se rendre compte qu'elle s'adressait à elle.

— Mere… Merelya Vantese, capitaine sous les ordres du général Geredine de l'armée des défenses royales. Veuillez me pardonner, mais je ne sais pas ce que je fais ici. Je ne me souviens que d'une attaque hier soir, et si j'en crois tout ce que j'ai vu et entendu depuis mon réveil, vous en êtes les responsables. »

Elle avait fait abstraction de K'tilo volontairement, elle ne voulait plus avoir à faire avec eux, elle n'avait pas signé pour tout ce qui se passait.

— Merelya. Je sais qu'arriver dans un tout nouveau monde doit être effrayant, mais nous avons quelques questions pour toi.

— C'est le pire interrogatoire que j'ai connu. Pourquoi est-ce que vous pensez que je vais répondre à vos questions ?

— Parce qu'elles apporteront des réponses aux tiennes. » En bout de table, un jeune homme venait de prendre la parole. La façon dont les autres le regardèrent fit comprendre à Merelya qu'il était important et qu'il valait mieux qu'elle aille dans son sens pour l'instant. « Reprends Latii'p.

— Tu es arrivée avec le bâton de K'tilo. » Elle pointa le centre de la table où il se trouvait. Elle n'avait donc pas été leur seule cible la nuit dernière. « Comment l'as-tu obtenu ?

— On est parti chercher quelque chose, une écorce d'un arbre. Après l'avoir fait, il a ouvert un portail qui nous a menés ici. On l'a traversé en premier, moi et mon équipe. Une fois de l'autre côté, je me suis retournée et il avait disparu. Son bâton était par terre, j'y suis retourné pour le récupérer. Et vous connaissez la suite.

— Pourquoi toi ? Il devait revenir avec une personne aux talents aiguisés pour le combat, qu'est-ce qui vous démarque des autres ?

— Je n'ai rien demandé. Je suis en mission sous ordre de mon général. Autant que je sache, c'est lui que vous auriez dû prendre. Il a fait ses preuves, j'allais faire les miennes, mais vous m'en avez empêché pour faire du gardiennage.

— Ce n'est pas du gardiennage. Elle prend ça à la légère, comment voulez-vous lui faire confiance pour être à la hauteur. »

Le premier interlocuteur dont elle ignorait le nom se fit interrompre par des bruits derrière la porte. Des gens s'activaient dans le couloir et les soldats chargés de la gardait l'ouvrirent. De sa place, elle put apercevoir des hommes en armure courir de leur mieux dans le couloir. Un des soldats, après avoir arrêté un autre dans le couloir pour lui demander ce qui se passait, se dirigea vers l'homme en tête de la table pour le mettre à jour.

Lorsqu'il se redressa, un homme surgit de la fenêtre et maîtrisa le soldat qui s'effondra au sol. Merelya reconnut Villem, toujours impressionnée par ses tours de passe-passe, elle ne l'avait jamais vu escalader un château auparavant.

Villem sortit son poignard et se dirigea vers Merelya et mit en garde le second soldat, ignorant les hommes et femmes autour de la table.

« Comment est-ce que vous m'avez trouvé ?

— L'écorce. Bunlo fait diversion, Chetif nous attend en bas, prends un otage, on ne devrait pas avoir de difficultés pour sortir. » Alors qu'elle se dirigeait vers la femme dénommée Latii'p, deux choses se passèrent simultanément. Tout d'abord, l'homme qui se cachait dans l'ombre au début et qui était désormais autour de la table se saisit du bâton et frappa le sol avec. D'autre part, un pan du mur s'ouvrit, laissant passer un homme, ou créature, immense. Il sortit de son mur et s'approcha de Villem.

Merelya remarqua que les autres s'étaient couvert les oreilles, mais elle n'eu pas le temps d'en faire autant. La chose cria et son cri fut tellement fort que les deux perdirent leurs équilibres. Se tenant toujours devant l'homme déformait, Villem tenta de se défendre mais son arme vola à l'autre bout de la pièce et retomba par terre dans un vacarme. Il encaissa un coup, essaya de se redresser, mais la créature cria à nouveau et il perdit connaissance.

Merelya commençait à reprendre ses esprits lorsqu'elle se fit maîtriser par l'autre femme de l'assemblée. Leur chef prit la parole.

« Merelya, si vous voulez que vos amis restent en vie, vous allez devoir prouver votre valeur. Vous commenceraient par un combat contre celui qui aurait dû prendre votre place il y a deux ans. Si vous gagnez, vous aurez les réponses à vos questions et pourrez continuer votre mission. Sinon, vous serez exécutée avec vos amis. »