Merelya 1.3

 
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Villem ramassa le bâton et le tendit à Chetif qui enleva la main qui était restée accrochée dessus. « Elle a été coupée net et cicatrisée aussitôt. Je ne sais pas de quoi il est capable exactement, mais je crains que s'il est encore en vie, il ne le reste pas longtemps.

— De quoi est-ce que tu parles ? » Merelya se retourna. Elle n'avait pas vu la main en récupérant le bâton. Elle était toujours crispée, comme si elle cherchait encore à s'en saisir. Chetif la lui tendit, mais elle la balaya d'un coup de main, la faisant valser plus loin dans l'herbe.

« Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?

— Je ne sais pas ce qu'en pense la chef, mais il y a une cité juste là-bas. Il pointa les murs qui étaient visibles depuis la colline où ils avaient atterri. On peut longer le fleuve en bas et la rejoindre en moins de deux. On s'arrête un moment et on réfléchit à la situation.

— On va faire ça, mais avant, K'tilo nous a dit que les morceaux de tronc qu'on est allait récupérer pouvaient nous permettre de nous retrouver si jamais nous nous perdions. Maintenant est le moment idéal. Sortez les vôtres, peut être qu'on en saura plus. »

Chacun s'exécuta, leurs morceaux dans leur main, mais rien ne se passait. Ils essayèrent de les mettre en contact, de s'éloigner et de revenir, et Merelya essaya même d'utiliser le bâton qui était censé amplifier ce qu'elle souhaitait. Mais rien ne se passa. Soit ils n'avaient pas le mode d'emploi, soit ces morceaux de bois n'étaient que de la camelote qu'un charlatan les avait emmené chercher quitte à risquer leurs vies.

« On aurait pu faire ça dans une taverne avec une bière.

— Ne t'en fais pas, on va y aller, mais avant fais donc comme Chetif, Bunlo, et mets ton manteau pour cacher tes armes. Il ne faudrait pas qu'on nous pose trop de questions. K'tilo nous a emmenés ici et nous ne savons pas pourquoi. Tout ce que nous savons, c'est qu'il avait besoin de protection. » Bunlo grogna entre ses dents, mais s'exécuta. Une fois tous prêts à partir, Merelya ouvrit la marche en direction de la cité qui les accueillait depuis leur arrivée.


Ils avaient suivi le fleuve en contrebas et avaient très rapidement rejoint une route marchande. Ds chariots passaient régulièrement et ils espéraient ne donner que l'impression de voyageurs ou de pèlerins. Plus ils s'approchaient de la ville et plus ils prenaient conscience de son ampleur. Elle devait être aussi grande que Cendreuille, la capitale, mais n'avez jamais entendu d'une autre ville de cette taille.

Des tentes et petites maisons apparaissaient à la périphérie, créant une activité qui leur permit de se fondre dans la masse avant de rentrer à l'intérieur. Ils bifurquèrent rapidement dans une ruelle sombre et Chetif fit signe à Bunlo de se taire. Ils étaient suivis avant d'être arrivés à la cité, mais leurs poursuivants n'avaient accéléré le pas qu'une fois dans l'enceinte. Bunlo, comme à son habitude, n'avait rien remarqué.

Ils n'attendirent pas longtemps avant que des pas se fassent entendre. Cachés derrière des caisses et des piles de déchets, Merelya, Bunlo et Villem attendaient qu'ils rentrent dans la ruelle tandis que Chetif, libre de toutes ses affaires, s'était dissimulé dans la rue. Il était passé par l'une des maisons qui les cachaient. Merelya était toujours ébahie par sa capacité à ne jamais se faire remarquer. De temps en temps, elle se demandait s'il avait vraiment sa place dans l'armée. Non pas que ça lui déplut, mais de tel talents pouvaient tout aussi bien être appréciés dans les sphères plus élevées.

Mais ce n'était pas le moment de penser à ça. Deux figures apparurent au bout de la rue et l'une d'elles s'y engagea. Ne faisant que trois pas, à la limite de Merelya, il s'arrêta et s'éclaircit la voix. Merelya allait attendre et écouter ce qu'il allait dire, mais Chetif était déjà passé à l'action et s'était occupé de neutraliser celui resté en arrière. Les autres n'eurent pas d'autre choix que de se dévoiler. Au milieu des quatre soldats prêts à tuer dans un endroit qui leur était inconnu, l'homme restait droit et n'avait pas l'air d'être intimidé.

Il pointa le bâton que Merelya tenait. « Son propriétaire, où est-il ?

— Il est en train de dormir avec les vers et tu vas le bientôt le rejoindre si tu ne nous dis pas ce que tu nous veux. » Merelya retint Bunlo.

— Vous connaissez K'tilo ? Il est venu nous chercher et nous a emmenés ici, mais il est… il n'a pas pu nous suivre. »

Il les regarda, les jaugea, et sortit une feuille de sa veste. « Demain matin, à la première heure, rendez-vous aux portes du château avec cette invitation. Attendez que l'on vienne vous chercher. » Il tendit la feuille à Merelya qui la prit. Elle était vierge, seul un tampon l'ornait en plein milieu. Elle la passa à Villem et retint l'inconnu qui s'apprêtait à partir.

— Pourquoi est-ce qu'on irait là-bas ? K'tilo ne nous a rien dit à votre sujet, et on devrait vous faire confiance alors que vous nous suivez depuis une heure ?

— Vous voulez des réponses ? Soyez à l'heure. » Il réveilla son copain et le traîna dans la rue.

« Qu'est-ce qu'on fait Mere ?

— Je ne lui fais pas confiance, mais on n'a pas vraiment le choix pour l'instant. Bunlo tu viendras avec moi. Villem et Chetif, prenez le bâton et faites vous discret. Si on ne revient pas vous avez l'ordre de rentrer, peut être que le bâton vous y aidera, et prévenez le général. » Ils acquiescèrent et Merelya passa le bâton à Villem. « Direction une auberge pour l'instant. Un repas et un bon lit ne nous feront pas de mal. »

Ils choisirent la première auberge qui servait des repas chauds et Villem et Chetif partirent à la recherche d'un endroit discret où passer la journée suivante. Ils avaient l'impression d'être levés depuis presque trois jours, ce qui était le cas, et profitèrent de ce repos. Chetif et Villem étaient partis dans leurs chambres depuis un moment avant que Bunlo ne fasse de même et les rejoigne. Merelya resta un peu plus longtemps à la taverne de l'auberge à réfléchir à ce qui pourrait se passer le lendemain matin.

Elle était presque la dernière dans la salle, deux hommes parlaient et riaient dans un coin, ils tournaient de temps en temps la tête dans sa direction, mais elle n'en avait rien à faire. Le propriétaire lui resservit une chope et s'en alla dans la cuisine. Les gens n'étaient pas bronzés ici. Elle ne pouvait s'empêcher de le remarquer. Les seuls endroits qu'elle connaissait qui protégeait suffisamment du soleil étaient infestés de créatures. Rien ne collait. Quelque chose ne tournait pas rond avec cette affaire.

Elle but une gorgée et emporta la chope avec elle dehors. Elle avait besoin de prendre l'air. Cette bière n'avait pas le goût de celles qu'elle avait l'habitude de boire. Elle ne pensait pas qu'elle était mauvaise, juste… Différente. Comme les étoiles dans le ciel, tiens.

Quelque chose d'autre brilla dans le ciel. Pas le ciel, mais le toit. Elle n'était pas seule et ils étaient nombreux. Elle avait laissé ses affaires dans sa chambre, elle ne pouvait pas se défendre comme ça. Elle rentra en vitesse dans l'auberge, entendant les bruits de personnes qui sautent sur le sol. Elle n'avait pas assez de temps !

Elle se saisit d'un couteau qu'elle plaça dans l'ouverture de son pantalon dans son dos et prit la chaise la proche d'elle. Elle se retourna, prête à affronter ceux qui franchiraient la porte. Mais le coup vint de derrière. Les deux hommes n'étaient pas là pour le plaisir, ils l'observaient depuis le début et elle avait relâcher sa garde. Avant de s'évanouir elle crut voir le propriétaire, accoudé à l'encadrement de la porte de la cuisine.