Merelya 1.2

 
PDF

    Ils arrivèrent sur de la roche. La nuit qui était tombée subitement les empêchés d’en savoir beaucoup plus. Mais entre les étoiles se découpait un pic. Direction la montagne, donc.

Merelya était passée après ses hommes et se retourna une fois sur la corniche pour voir K’tilo fermait le portail derrière lui. Contrairement à ceux qu’elle créait, ceux-là restaient ouverts indéfiniment semblerait-il. K’tilo se retourna vers eux et pointa de son bâton le sol, un peu plus loin. « Il y a un feu prêt à être allumé. Occupez-vous-en, nous dormons ici ce soir et repartons à la première heure. Nous avons besoin de récupérer quelque chose pour la suite.

– On est réveillé depuis moins de cinq heures et vous vous attendez à ce qu’on dorme ? Autant partir de suite qu’on se débarrasse de cette mission et de votre aimable présence. » Chetif s’occupa d’allumer le feu tandis que Bunlo commençait à se prendre la tête avec l’inconnu.

– Je vous propose de tout vous expliquer une fois qu’on aura récupéré ce pour quoi nous sommes ici.

– Et qu’est-ce qu nous sommes venu chercher ? » Merelya était également curieuse et regardait la scène avec attention. Chetif venait d’allumer le feu et une lumière chaude sur les deux hommes qui se prenaient la tête. Chetif et Villem, assis près du feu regardaient attentivement la scène tout en sortant quelque chose à manger de leurs affaires. Merelya quant à elle était prête à tout moment à intervenir.

« Pour faire court, ici, la rotation n’a pas encore eu lieu. Il existe un arbre, unique à ce monde qui crée une écorce qui s’avère être dotée d’une magie lorsqu’elle est récupérée lors de la rotation. Chaque morceau d’écorce récolté cherche à se réunir avec ses frères. Pour l’instant, il ne nous servira qu’à nous retrouver s’il nous arrive quelque chose.

– Donc nous allons chercher une boussole magique ! Super ! » Bunlo était agacé, mais il avait sa réponse. Cependant, Merelya avait relevé certains termes étranges que K’tilo avait employés. Ce dernier la regarda et compris qu’elle se posait davantage de questions que les autres qui étaient désormais concentrés vers le feu. Il lui fit savoir d’un signe de ne pas poser de questions et il rejoignit le feu. Merelya le suivit et s’assit en face de lui.

« Pourquoi on n'a pas froid ? » C’était Villem. Elle ne s’était pas fait la réflexion, mais maintenant qu’il le disait, c’était vrai. Ils pouvaient voir la neige non loin d’eux, mais ne ressentaient aucunement les effets du froid.

– C’est grâce à mon bâton. Il a la capacité d’amplifier à peu près tout et n’importe quoi. Tant que je le tiens et pense à ce que je veux amplifier, il s’en charge.

– Est-ce qu’il peut agrandir les bijoux ? » Villem rit de sa blague et Bunlo le suit.

– Il n’est nullement question d’agrandir mais d’amplifier. Je peux amplifier l’éclat d’une gemme si tu le souhaite, mais pas grand-chose de plus. Associer à un autre objet magique, comme l’amulette, c’est un outil très puissant. Un de mes prédécesseurs l’utiliser pour combattre et infliger plus de douleur à chacun de ses coups. Une technique bien barbare si tu veux mon avis. » Il posa son bâton par terre et rapidement, ils se mirent à grelotter dans leurs habits légers. « Ne vous en faîtes pas, nous repartirons demain soir et les températures seront plus chaleureuses. Allez dormir tant que vous en avez l’occasion, je vais rester debout et faire le guet. »

Merelya leur fit signe d’obéir et la journée qui fut la plus courte de leur vie se termina sans plus d’accrochages.

Au matin, le groupe se prit la route que K’tilo leur indiquait. Ils montèrent un moment la montagne puis empruntèrent un chemin qui leur permit d’en faire le tour. Un lac se dévoila en contrebas et, après avoir parcouru la moitié de la distance les en séparant, un arbre immense apparut également. Non loin du lac, il n’était cependant pas comme ils s’y attendaient.

La foudrel' avait certainement frappé. Aucune feuille n’était présente et son écorce était noire comme le charbon. Plus ils s’en approchaient et plus leur certitude s’affirmait : l’arbre que leur guide recherché était mort, et depuis un moment à ce qu’il semblait. Mais ça n’avait pas l’air de plus le choquer que ça.

Les nuages se levèrent et K’tilo accéléra le pas, les obligeant à en faire autant s’ils voulaient connaître le chemin qu’il avait l’air d’avoir emprunté une centaine de fois. À chaque fois que Merelya pensait qu’il était impossible de descendre sans corde ou matériel qu’ils ne disposaient pas, il trouvait la bonne prise qui l’emmenait calmement en contrebas.

Une fois arrivés en bas, Merelya remarqua que les nuages évoquaient énormément ceux qu’ils attendaient la veille, ceux qui auraient dû les mener à la guerre afin de sauver leurs contrés. Était-ce ce qu’il appelait la rotation ?

K’tilo accéléra encore et arriva juste avant que le premier éclair s’abatte, imprégnant le ciel d’un vert sinistre. L’océan vert comme ils l’appelaient, était en train de perdre son sens sous leurs yeux. Cependant, autre chose était en train de prendre plus de sens, l’arbre devant eux revenait petit à petit à la vie, recouvrant ses branches de feuilles et son tronc d’une écorce neuve et presque brillante. K’tilo qui d’une main s’appuyait sur l’arbre et de l’autre tenait toujours son bâton magique ne devait pas y être pour rien.

Il leur fit signe de s’approcher et de s’emparer d’un morceau d’écorce comme il leur avait indiquait plus tôt. Après s’être exécutés, il en fit de même, l’arrachant directement de sa main apposée sur le tronc, comme s’il arrachait de la mousse. « Bien. Nous allons pouvoir partir d’ici. Désormais si quoi que ce soit arrive et nous sépare, vos écorces vous guiderons à leurs sœurs. Ne les perdez surtout pas ou vous risquez de ne jamais rentrer chez vous, et par conséquent, moi non plus. »

Il ressortit l’amulette qu’il plaça sur son bâton comme la première fois et ouvrit un nouveau portail. Celui-là semblait mener vers la civilisation, une fortification apparaissait de l’autre côté.

Ils traversèrent chacun leur tour, mais alors que Merelya venait d’atteindre l’autre côté, un éclair tomba derrière elle. Elle se retourna et ne vit plus que le bâton, par terre, l’amulette toujours accrochée dessus et le portail qui commençait à se refermer.

Sans hésiter, elle le franchit en sens inverse, sous le regard terrifié de ses lieutenants et attrapa le bâton qu’elle envoya de l’autre côté. Alors qu’elle pensait ne plus avoir le temps de revenir, le portail resta un bref instant à la même taille lorsque le bâton le traversa. Elle saisit l’occasion et sauta à travers. Elle atterrit en roulade et se redressa devant un Bunlo estomaqué.

Elle se retourna et cette fois-ci, le portail était bel et bien fermé. K’tilo avait disparu sous le coup de l’éclair. En moins d’une journée, leur mission s’était soldée par un échec.