Merelya 1.1

 
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    La griffe la manqua de peu. Elle esquiva une autre attaque latérale. Elle saisit l'occasion pour lui trancher la patte qui s'effondra sans vie sur le sable brûlant près des autres déjà coupées. Elle savait ce qu'il allait suivre. La créature haute d'au moins deux mètres se stabilisa sur les cinq pattes qui lui restaient, brandissant son membre estropié. Merelya pris appuie sur la plus proche et s'élança sur son dos.

    La patte était en train de repousser, elle n'avait pas beaucoup de temps. S'agrippant aux poils de son cou, elle arracha la couche protectrice qui faisait un masque à son opposant. La patte avait repoussé. Elle vint faucher Merelya qui se laissa glisser par terre, s'étalant sur le sable, à la merci de la bête. Libérée de son masque, cette dernière lui cracha un liquide qui l'aveugla suffisamment longtemps pour la maintenir au sol d'une de ses pattes, lui enfonçant ses griffes dans l'abdomen.

Son glaive dans la main, elle l'abattit et trancha à nouveau une patte. La créature poussa un cri qu'elle ne lui avait pas encore entendu. Elle en profita pour enfoncer sa lame dans la gueule de la bête. Son cri s'arrêta après un léger couinement, et quelques secondes plus tard, elle s'écroula sur la vainqueur.

Après s'être retirée de la créature et nettoyée de sa bave qui lui piquait encore les yeux, elle saisit ses affaires, brandit l'amulette et franchit le portail qui la mena sur le champ de bataille devant le fort. Laissant derrière elle le désert et trois de ces créatures prêtent à être récoltées si besoin, son entraînement était terminé.

Elle rentra au fort, saluant les gardes au passage. Elle les plaignait, si jamais un des entraînements tournait mal et qu'ils se faisaient envahir, ils étaient là pour intervenir. Mais si les agents qui partaient n'arrivaient pas à vaincre la menace, comment eux le pourraient-ils ? Elle passa par la cantine, pour attraper un morceau de pain et boire un coup avant de se préparer pour le départ du soir. Cependant, un messager vint lui dire qu'elle était attendue chez le général.

« T'as encore foiré Mere ! Lui lança Bunlo, un de ses lieutenants.

— Si c'est le cas, vous tomberez avec moi. » Elle lui fit un clin d'oeil et ressortit tout en saluant ses amis, le pain dans la bouche.

Il ne manquait plus que ça. Qu'avait-elle bien pu faire pour mériter des réprimandes ? Elle passa par les écuries et donna le reste de son morceau de croûte à son cheval. Elle le regarda dans les yeux et lui caressa le museau. Elle, se demandait comment de telles  créatures pouvaient évoluer comme celles qu'elle combattait. Tandis que son étalon se demandait si l'autre morceau de pain dans sa veste était pour lui.

Elle traversa la cour et rejoignit l'aile des hauts gradés. Bien qu'elle en fit techniquement partie, elle avait toujours refusé de s'y installer. À quoi bon avoir une chambre plus luxueuse que les autres si c'était pour la salir après chaque entraînement et ne jamais en profiter dans sa totalité ?

Elle monta les escaliers en colimaçon sur la gauche et s'arrêta au premier étage où se trouvaient les bureaux et salles de réunion. Celui du général était juste au bout du couloir sur sa gauche. Les lampes éclairaient avec brio l'étendard du royaume assorti du ruban du général pendu à sa porte. Personne ne pouvait se méprendre sur son propriétaire, son sacrifice connu de tout le monde à travers les plus folles histoires de la guerre des trente était affiché aux yeux de tous.

Elle frappa sur le bois. Les voix qu'elle pouvait entendre à l'intérieur se turent. Un "Entrez" lui parvint. Elle poussa la porte et se retrouva face au général et deux envoyés de la capitale. « Entre et referme la porte derrière toi, tu veux bien ? » Il attendit qu'elle s'exécute et reprit « Nous avons une mission différente de celle des autres pour toi. Et je suis vraiment désolé, mais ton refus ne sera pas accepté. Lorsque les autres partiront, toi, et un groupe de trois personnes que tu auras sélectionné à ta convenance partiront autre part.

— Autre part ? On ne participera pas aux batailles ? Pourquoi est-ce que je me suis tant entraînée dans ce cas ?

— Personne n'a dit qu'il n'y aurait pas de combat. Quant au lieu où tu te rends je n'en sais pas plus que toi. K'tilo vous accompagnera, votre mission est de le protéger là où il se rend. Si ce n'était pas dangereux, ils ne seraient pas venu nous voir. » Un jeune pas plus âgé d'une quinzaine d'années s'avança vers le groupe. Appuyé sur l'armoire et immobile depuis le début, elle ne l'avait pas remarqué. Il lui tendit la main, qu'elle ignora. Elle comprenait mieux pourquoi il s'attendait à ce qu'elle refuse. « Nous vous promettons que vous serez bien rémunérée pour votre aide commandant. Et d'autres récompenses vous seront attribuées à votre retour. À vous ainsi qu'à vos hommes.

— Vous savez ce qu'en a à faire l'ennemi de mon argent et de mon rang ? Une créature vous n'y pensez même pas. Tout ce qu'ils voient c'est la personne qui manie l'arme en face d'eux. S'ils peuvent me tuer, ce que je possède ne les arrêtera pas.

— Et c'est exactement pour cette raison que j'ai besoin de vous. » C'était K'tilo « Vous recherchez l'aventure n'est-ce pas ? L'action, le frisson du combat ? Vous ne demandez qu'à ressentir votre coeur battre, savoir que vous êtes vivante. J'ai besoin de quelqu'un qui comprenne que l'ennemi est en face peu importe son apparence ou ce qu'il a à vous offrir. Si ça vous rassure, je vous promets que notre équipe ne rentrera pas entière. »

Ils se fixaient du regard. Elle cherchait à l'évaluer, savoir si c'était de l'assurance mal placée ou une connaissance qui lui échappait. Un des envoyés faillit dire quelque chose mais le général l'interrompit. Les yeux de Merelya se déplacèrent vers le général et sa blessure. Son bras dévêtu était couvert de marques tout du long. Ces marques continuaient le long de son cou et remontaient sur son visage jusqu'à son oeil absent qu'il cachait à l'aide d'un bijou en métal. Elle se retourna vers le jeune étranger et lui serra la main. Elle venait d'abandonner son droit à traverser l'océan vert pour partir à l'inconnu avec un gamin.

« Prévenez vos hommes et préparez vos affaires. Nous partons en même temps que les autres. » Sur ce, elle les salua et repartit dans ses quartiers de soldats.

Elle croisa Bunlo sur son chemin et lui expliqua la situation. Elle lui demanda de prévenir Chetif et Villem qu'ils venaient avec eux. Ils ne leur restaient que deux heures avant le départ. Elle ne pouvait se demander si la précipitation n'était pas voulue pour l'empêcher de réfléchir à la situation. Ses affaires, que ça soit pour ce qui était prévue ou pour cette soi-disant aventure étaient déjà préparées. Une fois partis ils ne pourraient plus rejoindre les autres. Ce K'tilo lui avait donné une drôle d'impression, peut-être qu'avec plus de temps, elle aurait refusée, tenu tête à son supérieur et elle serait désormais avec les autres en train d'attendre avec excitation le départ.

Penchée sur le rempart en bois du fort, elle regardait au-delà de la plaine, la mer à l'horizon qui s'étendait jusqu'à perte de vue. Les mouettes commençaient à devenir folles et rentraient vers l'intérieur des terres. Signe que l'événement approchait. Elle sortit son morceau de pain, sa gourde, pleine de son alcool favoris et en imbiba le pain. Elle en avala une bonne partie et jeta ce qui rester au vent après l'avoir divisé en miettes. "Ça fera des heureuses", pensa-t-elle.

Elle retourna dans le fort et rejoignit son équipe à l'écart du point de regroupement du reste de l'armée. Leur guide se tenait à l'écart, mal à l'aise au milieu de tous ces hommes en armures. Il sortit un pendentif similaire à celui qu'elle utilisait pour aller s'entraîner. Il le suspendit à son bâton et attendit qu'elle les rejoignes.

Tandis que les autres partaient pour la mer, ils restèrent dans le fort. Lorsqu'il fut silencieux et que ses hommes commencèrent à s'impatienter, il pressa le pendentif en tenant le bâton et un portail apparut. Il leur fit signe de le traverser, et toute l'équipe disparut, direction l'inconnu.