Bruntam 1.3

 
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Les nouveaux arrivants regardaient autour d'eux et cherchaient quelque chose ou quelqu'un. Ils étaient arrivés au milieu de la place, mélangés aux habitants et notamment au personnel qui venait de quitter le manoir juste avant lui. S'il était parti en même temps, ils l'auraient vu et ça en aurait été fini de lui et de Son plan.

Leur attitude ne les rendait pas vraiment discrets, et même si leur arrivé était passée inaperçue, regarder tout le monde un par un et les ausculter presque de la tête aux pieds les firent rapidement remarquer.

Caché derrière un arbre avant les premières maisons, Bruntam observait la scène. Même s'il était invisible aux yeux de tout le monde, il ne pouvait pas prendre le risque qu'ils puissent outrepasser sa volonté. La situation était désespérée, il n'avait pas d'autre choix que de partir et d'improviser. Il atteindrait les hautes sphères par lui-même.

Il se retourna, déterminé à quitter le vite possible ce village. Mais devant lui un vieil homme se dressait, l'empêchant de passer. Il faillit l'envoyer voler lorsqu'il prit la parole d'un ton calme et à la fois autoritaire. « Je vois que tu t'es amélioré depuis notre dernière rencontre Pragel. Je ne sais pas pourquoi mes hommes sont arrivés dans le village alors que vous nous aviez assuré avoir maîtrisé le sort d'ancrage, mais je vois que tu les as trouvés. Va donc les chercher et on se retrouve au manoir. Les Suvilla ont du travail. »

Aucune magie n'émanait de lui. Il avait tout l'air d'un habitant, mais ses propos ne collaient pas, il parlait comme s'il était le chef des nouveaux venus. En tout cas, il était trop tard pour partir désormais. Il devait se plier à ses ordres s'il ne voulait pas être démasqué. Le manoir !

— Non ! Le manoir. Il a été attaqué, Sania est morte, nos parents le sont peut-être aussi, je ne sais pas. Cette… chose est très puissante. Trop pour nous. Vous n'êtes pas en sécurité ici, je suis vraiment désolé que vous vous soyez mis en danger pour nous, mais il vaut mieux que vous partiez. »

Le vieil homme le regarda fixement, puis tourna la tête en direction du manoir et des puissants.

— Je comprends mieux maintenant. Et tu n'es en vie que parce que tu t'es caché et as fuit. On ferait mieux de retourner au camp dans ce cas. »

Il sortit de l'ombre, dans la rue et fit signe à ceux dans la place de venir. Ils s'exécutèrent sur-le-champs. Face à leur chef, ils étaient moins imposants, ce qui impressionnait d'autant plus Bruntam, car il était persuadé que d'une façon ou d'une autre, il empruntait ce corps. Pas comme lui le faisait, non, Bruntam se transférait complètement dans le corps, tandis qu'il avait l'impression qu'il ne faisait que contrôler sa voix et mouvements.

Sa petite taille, lui donnait l'impression de baisser la tête et de se cacher. Il avait horreur de ça. Pendant qu'il donnait ses ordres, Bruntam réfléchissait à moyen de se sortir de la situation. De toute évidence, il devait attendre que le chef soit parti. Peut-être qu'alors il pourrait maîtriser les trois autres. Après tout, ils ne s'attendraient pas à une attaque de sa part. Surtout d'une telle ampleur.

Le vieil homme repartit et s'effondra quelques pas plus loin. Un des hommes le saisit par l'épaule et ils disparurent en un éclair. Ils réapparurent dans le manoir, au milieu des livres et de sa "famille" qu'il avait dû maîtriser. Ils ne jetèrent qu'un regard et l'instant d'après ils étaient dehors, de l'autre côté de la propriété où un bûcher était en construction. À côté gisait la fille qu'il avait tuée. La servante avait dû la poser là et préparer à s'en débarrasser avant qu'elle ne fût obligée de partir sous son ordre. Une de ses escortes alla la chercher.

Il savait que la prochaine téléportation les mènerait à leur camp. Il n'avait pas d'autre choix que d'agir maintenant. Les deux téléportations successives avaient été suffisantes pour lui apprendre comment ils faisaient. C'étaient incroyablement dangereux et Elle le lui avaient formellement interdit, mais il ne pouvait se tromper. Ils utilisaient la puissance de la rotation pour en créer sur-mesure et à volonté. Il savait quoi faire.

Il n'utilisait pas ses pouvoirs pour ramener sa victime. Il avait été bien formé, il ne pouvait lui retirer ça, et il se sentait même désolé de ce qu'il allait suivre. Une fois à côté d'eux, il posa sa main sur l'épaule de son voisin. Ils étaient tous connectés par le contact afin qu'un seul les transporte. Il allait utiliser ça à son avantage. Au moment où il rentra en contact avec son équipier, Bruntam leur instilla la peur et l'indécision. Et au moment où ils partirent il pût voir le visage de celui chargé de la téléportation. Il avait gagné.

Sachant ce qui risquait d'arriver, il se protégea. Mais ils arrivèrent en sécurité sur la plage où leur navire était arrivé, environ cent cinquante kilomètre du village. Ils se mirent immédiatement en garde, cherchant l'ennemi. Mais personne ne les menaçait et personne n'allait venir. Bruntam resta planté perplexe au milieu du groupe et de l'armée qui était apparue devant eux.

Ils furent rejoints par les autres puissants qui demandèrent ce qui se passait. L'un d'eux devait être leur chef. Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour le trouver. C'était le seul qui donnait des ordres à des hommes paniqués au lieu de s'inquiétait de la situation. Bruntam les regardait, mais s'intéressait également à leur camp et chercher un moyen de s'enfuir. À la périphérie de la plage, il pouvait voir au moins un dizaine de tentes, et d'après le bruit qu'il entendait, au moins une centaine de soldats étaient présents. Un seul navire était présent, mais ça ne voulait pas dire que d'autres n'avaient pas accosté sur d'autres rives.

Il était coincé et dans une très dangereuse position. La fuite ou le combat n'étaient pas en option pour le moment. Sa seule action possible était de continuer à jouer le jeu. Ou de se dévoiler et voir ce qui se passait… Non, hors de question. Il avait déjà essayé ça par le passé, rien de bon ne pouvait arriver.

Le chef s'approcha de lui, le regarda et posa son regard sur la fille inerte sur le sable. Ses cheveux bruns lui recouvraient le visage. Couchée sur le côté, on pourrait presque dire qu'elle dormait. Il s'accroupit à côté d'elle, lui murmura à l'oreille et un mouvement lui parcourut le corps. L'instant suivant elle appuie sur le sable et se redressait pour observait les gens autour d'elle. C'était fini, pour lui, une fois que son regard se poserait sur lui, elle ne pourrait s'empêcher de le dénoncer d'une façon ou d'une autre.

Elle le regarda, et lui fit un sourire innocent, ravie de retrouver un allié. Avait-elle donc oublié ce qu'il lui avait fait ?

« Sania ! Que t'est-il arrivé ? Est-ce que nous sommes en danger ? » Elle le regarda hébétée puis eu l'air de se souvenir et faillit crier. Mais elle se reprit.

— Je n'ai rien vu ! De l'obscurité ! Rien que de l'obscurité ! Quelque chose m'a saisi et plaqué contre le mur. Je n'ai… Je n'étais pas assez puissante. » Elle se recroquevilla par terre et se mit à pleurer. Elle venait d'innocenter son meurtrier sans qu'il ne sache pourquoi.