Bruntam 1.2

 
PDF


Il lâcha la gamine qui s’écroula inerte sur le sol et se releva. Il éteignit les bougies une après l’autre sans utiliser ses pouvoirs. Elle lui avait appris à ne les utiliser que lorsque son corps n’en était pas capable. Faire une telle démonstration était puérile et d’autant plus faible. Un gamin pouvait souffler des bougies, un mage pouvait aussi simplement les allumer.

Il regarda sa victime. Elle aurait pu lui en apprendre davantage, mais il n’était pas du genre à attendre. Ses yeux encore ouverts le fixaient. Avait-elle compris qui il était avant de mourir ? Il en doutait, cela faisait plus d’un siècle qu’il n’avait plus fait parler de lui. Il la prit par le bras et essaya de la soulever, mais sans succès.

La porte s’ouvrit et une servante entra dans la chambre et fit un arrêt sur le pas de la porte. Il s’attendait à ce qu’elle cris en voyant le tableau qui se peignait devant elle, mais au lieu de ça elle se dirigea vers lui et pris le corps comme si de rien n’était. « Vous devriez vous préparer mon seigneur. Ils s’attendront sûrement à être reçu comme des nobles. » Elle traversa à nouveau la pièce, son poids mort sur les épaules et repartit comme si tout était normal.

Pendant ce court moment, Bruntam s’était figé, prêt à la faire disparaître à tout moment. Son cœur battait bien plus vite qu’il n’en avait l’habitude. La surprise avait fait place à la colère. Il commençait à en avoir plus qu’assez de cette famille. Les choses avaient évolué bien trop différemment de ce qu’il avait prévu. Il l’avait laissé repartir pour le moment. Il devait se contrôler, garder les apparences, même s’il ne savait plus ce que cela signifiait désormais.

Il sortit à son tour et se dirigea dans la pièce qu’il pensait être sa chambre. Un bain l’attendait avec des habits propres à côté. L’eau était bien trop chaude à son goût, il la fit refroidir en rentrant dedans. Il avait besoin de mettre rapidement ce nouveau corps à l’épreuve et ce n’était pas en barbotant dans une marmite qu’il allait y arriver.

Il se lava rapidement et sortit lorsqu’une autre servante entra dans la pièce. Il remarqua qu’elle rougit face à sa nudité et elle ressortit. Sur sa nuque, Bruntam aperçut quelque chose de singulier. Un symbole qui, s’il ne se trompait pas, servait à manipuler les gens. Les symboles ou glyphes servaient à appliquer une volonté qui serait réitérée à l’infini. Contrairement aux volontés qu’il avait utilisées pour pousser le rocher ou chauffer le bain, celles-ci étaient autonomes et ne nécessitaient pas la présence d’une personne pour l’alimenter.

Il devait se dépêcher de retrouver les deux utilisateurs avant que Son plan ne soit détruit par des ignorants. Il s’habilla rapidement et changea le vert par un rouge très sombre pour passer plus inaperçu dans les couleurs de l’automne.

Il ne fit pas deux pas dans le couloir que sa « mère » l’arrêta. Elle le regarda de travers, sûrement à cause de sa tenue et le prit par le bras, l’emmenant dans un salon où se trouvait deux hommes, sûrement son père et son oncle. À leurs respirations rapides, il en déduit qu'ils venaient tout juste de rentrer, et en vitesse.

« Tu as des explications à nous donner, il me semble, Pragel. » Ils se tenaient debout, la pièce destinait à la lecture absorbait un maximum de sons, ils pourraient se déchaîner contre lui sans que quiconque s’en aperçoive. « Je me suis perdu, j’ai vu une biche et je me suis dit que je pourrais peut-être trouver où elle et les autres que vous aviez vu se reposaient. » Il avait créé de toute pièce ces soit disantes bêtes et les avait mises sur le chemin des Suvilla pour lui créer son alibi. « Tu es bien trop jeune pour partir à la chasse tout seul et tu ne connais pas assez le versant sur lequel tu t’es aventuré. Tu aurais pu y laisser ta vie.

— Une punition s’impose. Il ne doit pas recommencer, nous aurions tous pu y passer avec cette saloperie de rotation. Seule la Grâce sait ce qu’il aurait pu nous tomber dessus.

— Il en va de soi que tu n’en tireras pas comme ça. Tu es désormais consigné à ta chambre le reste du mois et tu recevras trois coups de fouet demain matin pour ton impertinence. »

S’en était trop, il n’avait pas le temps pour ces âneries. « La fille qui m’a retrouvé à l’entrée tout à l’heure, elle est morte. » Ils le regardèrent stupéfaits, sa mère poussa un petit cri. « Des personnes vont bientôt arriver ici, est-ce que vous savez quoi que ce soit à ce sujet ?

— Sania ? De quoi parles-tu ? Arrête de jouer avec nous, ça sera cinq coups de fouet pour la peine. Regarde ta mère ! » Son oncle s’approcha de lui, prêt à le frapper. C’était donc sa cousine qu’il avait tuée. Son père voulut intervenir, mais s’était trop tard.

Il fit voler toutes les personnes présentes dans la salle contre les murs, leur imposant un pression qui les ferait bientôt perdre connaissance. Une fois inconscients, il relâcha l’emprise et apposa sa main sur leurs fronts. Ils ne se souviendraient de rien à leur réveil, pas même de lui, seulement de leur misérable vie de riches propriétaires.

Il sortit de la pièce, congédia à l’aide d’une volonté le personnel et entreprit de fouiller le reste de la maison.

Il ne trouva que quelques lettres dans sa chambre qui indiquées comment employer une volonté, bien qu’elle était appelée différemment, ainsi que différents outils et bibelots qui avaient été soit imprégnés d’une volonté à l’aide d’un glyphe soit modifiés aléatoirement. Sûrement dans le but de s’entraîner… Il les laissa à leurs places, ils ne lui étaient d’aucune utilité.

Une fois son exploration terminée, il sortit par la porte principale, laissant sur place des gardes stupéfaits de voir celui qui avait disparu ressortir si peu de temps après être rentré, qui plus est après que presque tous les employés du manoir soient sortis à la file indienne.

Arrivé en bas du chemin et devant les premières maisons de Trundulvar, il rechercha à nouveau les utilisateurs de la volonté. Les deux plus faibles n’étaient pas très loin, le premier se trouver aux alentours du marché et le second était sûrement chez lui ou sur son lieu de travail. Il n’en aurait pas pour longtemps. Quant aux autres, ils étaient au même endroit que plus tôt… Non ! Il venait de perdre la présence de deux d’entre eux.

Il eu à peine le temps de camoufler sa position lorsqu’ils apparurent par magie au bout de la rue devant lui. Même lui n’avait pas cette connaissance. La situation continuait de se dégrader !