Ashrem & Jiluine 1.5

 
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« Avance Rock ! » Il allait faire nuit et Ashrem n'était pas prêt de pouvoir dormir. Il était presque persuadé qu'ils allaient arriver les derniers. Ça faisait bien une heure qu'ils avaient perdu de vue le groupe précédent. Heureusement, le groupe se déplaçait en ligne droite et ils ne devraient pas en avoir pour très longtemps.

Le problème reposait dans la punition des perdants. L'interdiction de dormir ajoutée à l'événement de la veille n'allait pas arranger leur cas pour le lendemain.

— À quoi tu penses, imbécile ?

— Toujours aussi agréable à ce que je vois. »

Rock, il avait appris son nom après avoir été laissés derrière par la légion, brisa le rythme de la marche volontairement, il en était sûr, en tirant de son côté. Ils n'étaient attachés que par les poignets, mais même des mouvements brusques pouvaient déséquilibrer une des deux personnes, surtout avec leur fatigue.

— Si ta fichue sœur n'avait pas fait sa scène, on n'en serait pas là. Je suis prêt à parier que personne n'aurait eu à jouer à ce jeu pourri.

— Tu aimes les paris ? Moi aussi ! C'est pas rigolo ça ? » Rock regarda Ashrem énervé. Il l'avouait, il l'avait peut-être un peu trop pris de haut. Une idée lui vint à l'esprit.

« Si tu es prêt à jouer le jeu, j'ai quelque chose à te proposer. » Rock le regarda et détourna le regard pour ne plus à voir son stupide sourire.

— Très bien. Je t'écoute.

— Je te parie qu'on ne sera jamais premiers. Je ne sais pas combien il y beaucoup d'étapes avant d'arriver à la garnison, et si c'est la seule, tu as perdu d'avance. Cependant, si une seule fois, on arrive au camp de la nuit avant les autres, je te promets que je démissionnerai de la légion. Je ne connais pas les conditions ou ce que je devrais payer pour partir, mais dans tous les cas, tu ne me verras plus.

— Et si tu gagnes ? C'est moi qui dois m'en aller ? Ça sera sans moi ton petit jeu.

— Non. Si je gagne, tu me devras des excuses à moi et à ma sœur. » Il n'hésita même pas à répondre.

— D'accord »

Ils ne dirent plus rien et arrivèrent peu de temps après au camp. Comme prévu, tout le monde était déjà arrivé et mangeait autour de trois feux différents. Aucun des duos ne s'étaient détachés. Est-ce que c'était exigé ou ils avaient tous peur des représailles ? Il n'en savait rien et Rock ne voulant pas prendre le risque de le savoir, le traîna jusqu'au feu où se trouvaient ses amis.

Aucun n'avait l'air de vouloir parler. Voir le spectacle des membres de gauches manger avec le bras de leurs coéquipiers attaché au leur était cependant bien sympathique. Certains essayaient de manger de leur main gauche avec plus ou moins de succès.

Lorsqu'un soldat vint leur donner leurs rations, Ashrem mangea tout aussi difficilement et en riait. Lorsqu'il se rendit compte qu'il riait tout seul et que la moitié des recrues le regardait, il se contrôla et termina de manger en silence.

Une fois leurs maigres repas terminés, les duos partirent se coucher, certains essayant de dormir sur le dos ou sur le ventre, d'autre dos à dos, le bras attachés tendus vers l'arrière tandis que les plus courageux ou les moins timides se faisaient face.

Le soldat qui avait obligé Ashrem et Rock à se mettre ensemble les retrouva et leur demanda de le suivre dans sa tente. Elle était complètement vide, son utilité était vraiment inconnue pour Ashrem.

« Vous êtes les deux derniers. Les règles étaient que le dernier arrivé ne dormirait pas. Je vous laisse donc le choix. Soit vous vous mettez d'accord et autorisez l'un de vous deux à dormir. Soit aucun de vous deux ne dormira. »

Il sortit un petit sac qui devait être caché dans son armure et attendit.

— On reste tous les deux éveillés.

— Quoi, pourquoi tu décides pour moi ?

— Parce que le choix n'est qu'une illusion, Rock. Réfléchis ! Si on est arrivé en dernier, c'est parce que notre cohésion est dérisoire. Et sans cohésion, il est impossible qu'on se mette d'accord avant le lever du soleil. On sera encore plus fatigué à se crier dessus qu'en restant debout à ne rien faire.

— Mais c'est ridicule ! Il suffit que tu me laisses dormir et au moins l'un de nous deux sera en forme.

— En refusant de m'écouter tu viens de valider ce que j'ai dit.

— À vrai dire, étant donné que j'ai déjà reçu une réponse, vous n'avez plus besoin de vous battre, candidats. »

Rock, bouche bée, regarda avec Ashrem le soldat ouvrir le sachet.

« Relevez vos manches. » Ils obéirent. Les bras tendus, le soldat versa quelques grains de sable du sac sur leurs poignets. « Vous allez sentir une brûlure très importante, ne vous en faites pas, elle n'est pas réelle et s'arrêtera approximativement au levé du soleil. Ça vous gardera éveillés. Essayez de ne pas trop faire de bruit. »

Il leur fit signe de sortir et ils retournèrent au feu. Peu de temps après, leurs bras respectifs les mirent à leur faire horriblement mal. À la limite du supportable, Rock lâcha un cri, surtout de surprise et se reprit immédiatement.

Ils n'avaient pas d'eau pour soulager la douleur et Ashrem, de sa main libre, attrapa de la terre qu'il posa sur son poignet. Le soulageant un peu, il fit de même pour Rock qui n'allait pas tarder à tomber dans les pommes.

La nuit se déroula dans la douleur. Ils eurent la confirmation que les soldats qui se postaient en périmètre ne bougeaient pas de la nuit. Information intéressante qui ne leur fit ni chaud et encore moins froid sur le moment. Seule la terre, rafraîchie par la nuit les soulageait.

Ils mangèrent leur ration du matin dans la douleur, tous les regards tournés vers eux. Avant de repartir, les premiers furent libérés de leurs entraves et purent partir chacun de leurs côtés.

La douleur s'arrêta peu de temps après le départ. Libérés de la torture, ils eurent l'impression de regagner en force, alors que ça aurait dû être le contraire et, motivés à ne pas arriver les derniers, ils se mirent à courir pour dépasser d'autre recrues.

Ils avaient doublé les plus jeunes, mais ne s'attendaient pas à retrouver tous les autres réunis au bord du fleuve, en train de fixer l'autre rive où se trouvait non seulement le soldat, mais également le camp pour la nuit.

Ashrem, comme tous les autre, n'avait aucune idée de la façon dont il s'était pris pour traverser le fleuve qui était bien trop large et bien trop puissant pour être traversé à la nage. Encore moins attaché à une autre personne.

Ils n'étaient partis que depuis deux heures et la course de la journée allait se résumer à qui allait trouver comment traverser.