Ashrem & Jiluine 1.4

 
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Jiluine était seule avec le soldat, pas celui qui l'avait renvoyé de la légion sans raison apparente, mais l'autre, le vieux. Il n'avait pas dit un mot depuis le départ et elle n'avait par conséquences aucune idée d'où ils allaient.

En sortant de la tente, elle avait vu Ashrem se battre avec un autre garçon. Même si elle savait qu'il n'avait pas commencé, il risquait de se faire renvoyer lui aussi. Ou pire. Les candidats ne revenaient jamais, mais il devait quand même y avoir des échecs parmi les candidats. Dans toutes ses recherches, elle n'avait jamais trouvait d'informations sur l'organisation même de la légion.

Elle heurta un caillou et faillit tomber. Le soldat ne se retourna pas et continua comme si rien ne s'était passé. Remarquerait-il si elle s'enfuyait ? Elle ne savait pas comment, mais elle était persuadé que oui. Elle s'accouda à un arbre et se massa la cheville. Elle ne se l'était pas foulée, mais elle préférait ne pas prendre le risque qu'une douleur même minime s'installe.

Depuis qu'ils étaient partis, il les conduisait en direction des montagnes. Ils n'avaient emprunté aucune route ni traversé aucun village dans la journée et traversaient désormais une forêt. La journée allait se terminer et ils n'avaient toujours pas préparé de camp, elle n'était même pas sûr qu'il allait s'arrêter.

Il ne s'était pas interrompu ni n'avait ralentit pour l'attendre et elle dut accélérer le pas pour le rattraper. Elle pouvait entendre le bruit d'un ruisseau sur sa droite et estima qu'il était temps de faire une pause. Étant donné qu'il n'allait pas prendre l'initiative, elle prit sur elle et tourna sur sa droite, laissant son guide et gardien seul.

Elle ne se retourna pas pour savoir s'il la suivait et trouva rapidement le cours d'eau. Il était en bas d'une pente et le versant sur lequel ils se trouvaient n'était pas idéal pour passer la nuit. Mais l'autre côté était plat et apparemment moins humide que le leur. Elle dévala la pente et sauta par-dessus le mince ruisseau. Elle posa ses affaires à côté d'un arbre, non loin du ruisseau, récupéra un verre et alla se servir à boire.

L'eau était fraîche et, accroupie au bord de l'eau, elle attendait l'arrivée de son gardien. Mais ce fut quelqu'un d'autre qui arriva. En face d'elle un homme, le visage caché par une capuche avancée vers elle, descendait calmement la pente. Il n'avait rien dans les mains, mais sa démarche était bien trop irrégulière, Jiluine était persuadée qu'une arme était dissimulée dans son dos. Elle se redressa, prête à affronter l'inconnu. Elle se rendit compte qu'elle n'avait pas de quoi se défendre et se retourna pour aller récupérer son couteau qui était destiné à la table et non au combat, mais un autre homme se trouvait derrière elle, son sac en sa possession.

Il le retourna et en vida le contenu. Il ne cherchait pas à la voler apparemment. Il envoya son sac de l'autre côté et lui fit face. Elle se retourna à nouveau et vit le premier brandir un fléau d'armes qu'il laissa pendre à côté de sa jambe. Le bruit d'une épée qui fend l'air la fit sursauter et elle esquiva de peu la première attaque. Elle allait devoir être inventive pour s'en sortir vivante.

Ils étaient maintenant du même côté et le premier commença à faire tourner son arme, laissant son équipier lancer une nouvelle attaque qu'elle put facilement esquiver et lui donna un coup de pied dans l'épaule. Jiluine et son assaillant étants déséquilibrés le fléau faillit lui arracher la joue gauche et son oreille mais elle s'écarta à nouveau.

Adossée à un arbre, elle n'avait pas d'autre choix que de se baisser lorsqu'il répéta l'attaque et elle lui sauta dessus, prenant appuie contre le tronc, ce qui lui permit de le plaquer au sol. Il lâcha le fléau et commença à la rouer de coups tout en criant. Elle en fit autant, mais elle dut relâcher sa prise pour ne pas se faire décapiter par l'épée de l'autre qui balayait désormais l'air de son bras gauche.

Elle se releva et s'empara du fléau, et le fit tournoyer en l'air. Du coin de l'œil, elle aperçut le soldat et son armure qui brillait malgré la faible luminosité. Il avait la même démarche qu'elle lui connaissait. Elle ne pouvait pas compter sur lui.

Elle para et brisa l'épée qui lui arrivait dessus et s'apprêta à achever l'ennemi lorsque celui qu'elle pensait avoir désarmé fonça vers elle, un poignard à la main et manqua de la transpercer de peu. À la place, la lame ne fit que l'entailler son flanc et le poids de l'homme la fit tomber à la renverse. L'autre vint à la rescousse de son ami pour la maintenir au sol. Elle avait perdu. Si proche de la victoire.

Il finit de déchirer son haut et alors qu'elle redoutait la suite, une lame transperça le crâne de l'homme. L'autre la lâcha et, libéré de la lame, le corps du violeur lui tomba dessus, son sang se déversant sur Jiluine. Elle entendit un cri de douleur suivi de détresse. C'est alors qu'elle prit conscience qu'ils n'avaient dit aucun mot depuis le début du combat.

Elle se libéra du cadavre qui continuait de se déverser sur sa poitrine et vit la tête de l'autre tomber par terre et rouler dans les feuilles jusque dans l'eau. Il était enfin intervenu et les avait tué comme s'il écrasait des fourmis. Son casque cachait son visage, mais il la regardait, à moitié nue, le sang dégoulinant de la tête aux pieds. Il retira le manteau de celui qu'il venait de décapiter et le jeta à Jiluine. Cela fait, il reprit la route.

Elle prit le temps de se laver et de retirer un maximum de sang. Le manteau ne suffirait pas et elle prit également un haut. Les deux étant couverts de sang, elle en choisit un et le passa sous l'eau avant de le mettre.

Le soldat était parti depuis plusieurs minutes lorsqu'elle reprit la route. Elle avait allégé son sac pour faire de la place au fléau qu'elle avait caché à l'intérieur. Le soleil s'était couché et l'obscurité commençait à envahir la forêt.

Il faisait nuit noire lorsqu'elle rattrapa le soldat quelques minutes plus tard. Elle commençait à comprendre pourquoi il allait en ligne droite.

« Merci monsieur le soldat. » Il la regarda et elle crut voir ses yeux passer sur son sac.

— Uprel. Appelle-moi Uprel. »