Ashrem & Jiluine 1.3

 
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Ashrem regarda sa sœur rentrer dans la tente, suivie par le soldat, deux têtes plus grand qu'elle. Il n'avait pas son casque, ce qui enlevait un peu de l'image inaccessible qu'il avait de la légion, son épée restait toujours sur son flanc, inflexible à ses mouvements. Quant à sa sœur, il ne semblait pas être inquiète, il espérait qu'elle arrangerait la situation.

La situation dans le reste du camp ne s'améliorait pas malgré la présence de l'autre soldat. Il avait complètement ignoré les recrues pour aller voir les autres soldats, créant une incompréhension dans tout le camp et plus encore chez les jeunes.

« Elle ne va pas revenir de si tôt et ça sera bien mérité ! » Un des jeunes, d'environ quinze ans, était suivi d'autres recrues, la plupart plus jeune que lui, et se dirigeait dans sa direction les poings fermés. Il fit signe à deux autres garçons et ils se postèrent derrière lui.

« Tu la connais bien n'est ce pas ? Je parie que tu l'as aidé à être acceptée. Sûrement contre des… avantages, si tu vois ce que je veux dire. » Ashrem en avait trop entendu et ne put se retenir. Il se jeta sur le jeune homme, cinq ans plus jeune que lui et bien moins en forme. Il ne le connaissait pas, mais lui avait l'air de connaître ses acolytes qui l'interceptèrent avant même qu'il puisse l'atteindre une fois. Ils le plaquèrent au sol, l'immobilisant à leur merci.

— Elle n'a rien ! Ma sœur n'a rien fait du tout, elle vous a sauvé si j'ai bien compris d'ailleurs !

— Voyez-vous ça ! Des frères et sœurs. Demi-sœur ou jumelle. Parce que ça change tout tu sais ? » Il termina sa phrase par un coup de pied dans son estomac qui lui fit cracher le peu d'air qu'il avait. « Comme par hasard, c'était la seule réveillait lorsqu'il est mort. Et en plus, elle était la plus proche ! Elle aurait pu s'en prendre à quelqu'un de sa taille au moins. » Un autre coup de pied.

— C'est faux… » Il retrouva son souffle et reprit. « Elle n'était pas la seule éveillée. Les soldats montaient la garde. C'est sûrement pour ça que l'autre est allé les voir. »

Les deux qui le tenaient au sol ainsi que son assaillant, tournèrent leurs attentions vers les hommes en armures noires, la nuit les empêchant de bien voir s'il disait vrai. Il en profita pour se dégager de l'emprise du plus faible et donna un coup de sa main libre dans la gorge du second, pas assez fort pour le blesser sérieusement, mais assez pour qu'il réagisse et le lâche. Il immobilisa le premier, le tenant la tête la première contre le sol jusqu'à ce qu'il supplie. Son chef n'avait pas réagi d'un centimètre et lorsqu'il se redressa, prêt à s'occuper de lui un cri retentit derrière lui.

« Ça suffit ! » Jiluine et le soldat étaient sortis de la tente et observaient la scène. Sa sœur avait une expression particulière qu'il ne lui connaissait pas. Elle ne pouvait être due à ce qu'il venait de faire, elle l'avait déjà vu à l'action. Non, il s'était passé quelque chose.

« Sacrée famille que nous avons là ! Nous réglerons ça demain jeune hommes en attendant, vous deux, puisque vous êtes encore debout, allez faire le nécessaire pour le jeune qui n'a pas tenu une journée. Et pas un mot. »

Sur ces mots, Jiluine parut perdue. Quelque chose n'allait vraiment pas. Mais il n'avait pas le choix, il devait obéir, pour l'instant en tout cas. Un jour viendrait où il donnerait les ordres ! Il lui fit signe que tout allait bien et se retourna vers celui qu'il s'apprêtait à mettre à terre quelques instants plus tôt et lui tendit la main. Ce dernier la rejeta et aida ses amis à se relever. Ashrem les suivit lorsqu'ils se dirigèrent vers le corps.

Ils croisèrent l'autre soldat qui revenait, toujours aucune expression qui pouvait signifier un quelconque danger. Il le regarda rejoindre celui qui avait parlé avec sa sœur, ils échangèrent quelques mots et rentrèrent dans la tente. Il n'avait pas vu sa soeur, mais une pelle lui tomba dessus, le rappelant à ses devoirs.

Après avoir enfin terminé d'enterrer le plus sommairement le petit dans un silence absolu, ils se séparèrent et retournèrent à leurs couches. Le soleil allait bientôt se lever et ils allaient bientôt repartir, ils n'avaient presque pas dormi contrairement aux autres et en plus, ils avaient creusé une tombe. Les amis de son agresseur avaient commençait à les aider, puis s'étaient ravisés voyant l'effort que cela demandait.

Arrivés à ses affaires, sa sœur était déjà réveillait, et même prête à partir. Elle avait toujours le même regard que tout à l'heure et lorsqu'il la rejoint, elle fondit en larmes dans son épaule. Il ne l'entendait presque pas, mais il était sûr qu'elle pleurait, pourquoi, c'était ce qu'il voulait savoir.

« Ils se sont mis à plusieurs et m'ont cloué au sol après t'avoir insulté, je ne pouvais pas ne rien faire. Je suis désolé si je t'ai bouleversé. » Elle s'écarta de lui.

— Ils m'envoient autre part. Ils nous séparent. Je n'ai pas pu dire non. Pardon !

— Comment ça ? Tu n'as rien fait ! Ils ne peuvent pas te punir alors que tu n'as rien fait.

— Ils le peuvent. Mais… Je ne pense pas que cela soit une punition. Ils n'avaient pas l'air de le penser en tout cas.

— Ça ne change rien. Je lui ai déjà dit, là où tu vas, je vais. Attends-moi ici, je reviens. » Il la lâcha et se dirigea vers la tente. Jiluine le retint.

— On ne sait pas comment fonctionne la légion de l'intérieur et quelle sanction ils pourraient t'infliger pour le tenir tête. Non, j'irai là où ils disent et tu suivras le groupe. Tu t'es déjà fait des amis en plus. » Elle rigole et il l'imite. Rigoler au lieu de se dire adieu. Mais au moins c'était plus que ce qu'ils avaient manquait d'avoir, même si ce n'était pas dans les meilleures conditions.

Jiluine partit peu de temps après avec le plus vieux des deux soldats ainsi que deux des autres soldats qui étaient restaient dehors pendant la nuit. Il ignorait comment des hommes pouvaient rester debout toute une nuit sans bouger, le poids d'une armure complète sur les épaules. Il savait que les adieux qu'ils s'étaient fait n'en étaient pas et qu'ils se reverraient. Il s'agissait maintenant de savoir quand, et dans quelles circonstances.

Peu de temps après, l'autre soldat regroupa toutes les recrues et imposa des règles.

« Nous allons bientôt repartir. Désormais, nous atteindrons des camps de la légion tous les soirs avant d'arriver à la garnison qui vous évaluera et vous enverra aux différents postes en conséquence. Vous n'aurez ni eau, ni nourriture avant d'arriver au camp. Le premier à arriver au camp aura un avantage pour la nuit. Le dernier ne dormira pas. Faites des duo et attachez vous aux poignets. Vous ne devez en aucun cas vous détacher de votre équipier. En marche !»

Ashrem regarda autour de lui. Si sa sœur avait été là, il n'aurait eu aucune difficulté à partir. Mais ne connaissant personne, il commença à s'affoler. D'autant plus que personne ne voulait se mettre avec lui. Il ne savait pas si c'était l'événement de la nuit qui les effrayait ou sa bagarre, mais il commençait à en avoir assez.

Ne trouvant personne, il avança, dépassant les autres qui allaient moins vite. Il rattrapa le chef et fut étonné de ne pas être le seul. À côté de lui, se tenait le jeune avec qui il avait creusé la tombe et enterré le petit.

« Vous êtes équipiers désormais. Vous pouvez avancer ensemble ou mourir de soif. À vous de voir. » Sur ces mots, il leur tendit une corde et reprit la route.