Ashrem & Jiluine 1.2

 
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    « Qu'est-ce que tu fais là ? » Ashrem regardait sa sœur, sidéré, le bras encore en l'air, tenu par une Jiluine jubilante. Elle le libéra et le regarda, un sourire comme il ne le lui avait jamais vu. « On a été sélectionnés ! Je n'avais jamais entendu parler d'une fille acceptée. Et l'autre jour, je me suis rendu compte que rien ne les empêchaient de se présenter. Du coup, je suis allé me couper les cheveux, je t'ai emprunté des habits - merci d'ailleurs - et me voilà !

— Mais, ça ne change rien, tu restes quand même la seule fille ! À quoi est-ce que tu t'attends exactement ?

— Ne t'en fais pas pour moi. Aurais-tu déjà oublié que tout ce que tu fais, je sais le faire ? »

Les cloches arrêtées, les recrues s'étaient alignées et Jiluine se mit derrière son frère, lui faisant signe de se retourner et de se taire. Deux soldats ouvraient la marche, deux la fermaient et le reste flanquaient les jeunes. Les cris de joie des parents continuaient de se faire entendre alors qu'ils traversaient la ville et la quittaient, toujours encadraient par les hommes en armures noires étincelantes.

Ils marchèrent jusqu'à arriver à un camp. Leur groupe composait de dix-sept jeunes allant de onze ans à vingt ans, l'âge d'Ashrem et Jiluine, ainsi que de dix soldats s'éclata en trois groupes. D'un côté les recrues, d'un autre deux soldats qui montèrent une tente et y restèrent le reste de la nuit tandis que les huit autres restaient autour du camp, tels des statues, prêts à agir ou repartir sur le champs.

Chaque recrue était partie avec son sac, contenant des habits de rechange ainsi qu'un peu de nourriture pour le voyage et des souvenirs de leur vie d'avant pour les plus fortunés. Personne ne parlait, et même si aucun d'eux ne savait où ils allaient, tous mourraient d'envie de le savoir. Des regards étaient jetés, attendant de voir qui allait faire le premier pas. Mais lorsque le premier alla dormir, un jeune de quinze ans dénommé Rock, les autres l'imitèrent petit à petit et Ashrem n'eu d'autre choix que d'attendre une occasion pour parler à sa sœur.

Dans la nuit, Jiluine entendit quelque chose. Quelqu'un devait être réveillait. Elle allait laisser passer et se rendormir lorsque le bruit se rapprocha d'elle. Des pas, elle en était sûre désormais, et ils s'approchaient d'eux. Ce n'était pas un soldat, elle entendrait l'armure plus que l'herbe qui bouge et les brindilles qui se brisent sous le poids. Son instinct lui disait de ne rien faire, ne pas bouger, ne pas ouvrir les yeux, ne pas respirer.

Il était désormais au-dessus d'elle, aucun doutes. Elle pouvait sentir sa présence comme un aveugle savait qu'il allait se prendre une porte. D'autant plus qu sa respiration n'était pas des plus discrètes. Il se pencha et son instinct lui dit alors autre chose. Agis ! Frappe avant qu'il ne le fasse ! Elle ouvrit les yeux et envoya son poing dans la direction où elle pensait devoir frapper. L'obscurité lui tendit les bras et elle s'écrasa par terre, réveillant son frère et tout le camp. Elle se demanda si elle avait crié. Sûrement…

Un instant, tous les regards étaient fixés dans sa direction, celui d'après, ils étaient braqués sur un autre jeune qui s'époumonait, la main tendue du côté du feu qui émettait encore une faible lueur. Sa main était couverte d'un liquide. Il se débattit sur sa couche, le liquide avait coulé jusqu'à lui. Les autres comprirent ce qu'il avait compris en voyant ses mains. Quelqu'un était mort !

Son voisin était encore couché et ne répondait pas aux appels et mouvements de son ami. Tandis qu'il paniquait, les autres commençaient à s'affoler et parlaient frénétiquement avec ceux qui les entouraient. Un autre cri, à la périphérie du groupe s'éleva au-dessus du brouhaha général. Ashrem s'était redressé pour s'assurer que sa sœur allait bien.

« Je pourrais jurer que quelqu'un était là, devant moi ! » Il la prit dans ses bras pour la rassurer. « C'est elle ! Elle les a tués ! Elle était réveillée avant nous et n'a aucune raison d'être là ! » Une recrue presque de leur âge s'approchait d'eux, suivit par les deux soldats. Ashrem s'interposa, tenant le poignet de sa sœur.

— Elle n'a rien fait. Si elle n'avait pas réagi, elle aurait été également victime. Et nous aurions été les suivants. »

Les soldats regardent la scène. Leurs casques absents et malgré l'absence de lumière, Ashrem et Jiluine pouvaient clairement voir qu'aucun signe d'inquiétude ne marquaient leurs visages. Un des deux soldats, le plus vieux à première vue, partit en direction des autres soldats qui étaient restés autour du camp, sans avoir intervenu dans les événements. Le second se tourna vers Jiluine.

« Suis moi. » Les deux se regardèrent et lui engagèrent le pas. Il se retourna et s'adressa à Ashrem. « Seulement elle.

— Où elle va, je vais. Ce qu'elle fait, je fais. Si vous avez quelque chose à lui dire, vous pouvez me le dire aussi. » Il attendit une réaction. Il avait peur d'avoir exagéré. Il ne savait même pas s'il avait le droit de lui adresser la parole. Jiluine le dépassa et lui fit comprendre d'un sourire que tout allait bien.

Elle partit avec lui dans la tente, laissant Ashrem planté au milieu du camp dans la panique et l'incompréhension qui planait au-dessus. La tente, à sa surprise était vide. Aucun lit de camp, aucune carte, aucun matériel quel qu'il soit. Seuls les deux casques reposaient sur le sol, au centre, disposaient de telle sorte qu'on pourrait croire que deux têtes sortaient du sol et se fixaient.

« Ta présence est inhabituelle. Aucune femme n'ose s'aventurer dans la légion. Cependant, elle pose problème, semblerait-il.

— Je ne suis en rien responsable de ce qu'il s'est passé. Je me suis réveillait en entendant un bruit de pas se diriger vers moi et mon frère. S'il ne s'était pas arrêté à notre hauteur je n'aurais rien fait. Mais mes entrailles me criaient de faire quelque chose. Et lorsque j'ai ouvert les yeux…

— Il n'y avait rien.

— Comment le savez-vous ?

— Que sais-tu de la légion et du recrutement auquel tu tenais tant à participer ? »

Elle était perdue. Pourquoi lui demandait-il ça ? Et comment savait-il ce qu'il s'était passé alors qu'il n'avait pas assisté à la scène ? Mais elle n'avait aucune raison de ne pas lui répondre. Après tout, elle était désormais engagée auprès de la légion.

— Depuis que mon frère et moi avons vu la précédente rotation et sélection, je me suis intéressait aux archives sur le sujet et aux précédentes sélections. Je sais tout ce que l'on peut apprendre dans notre ville. Seules les archives d'il y a cinquante ans et cent quarante ans ont disparues, ou elles n'ont jamais existées.

    — Pourquoi est-ce que tu penses ça ?

— J'ai cherché des informations sur ces périodes et je n'ai pu trouver aucune information indiquant qu'elles aient été détruites ou voler. Pas de feu, pas de guerre, les autres documents ont été recopiés si besoin. » Elle baissa la tête, remarquant qu'elle s'affirmait trop pour une recrue. Mais le soldat devant lui n'eut pas l'air de s'en rendre compte.

— Quel est ton nom recrue ?

— Jiluine Edrein.

— Très bien. Jiluine Edrein, sous ordre de la capitale, vous êtes renvoyée de la légion des armes et êtes désormais rattachée à la légion spéciale. Vous partirez à la première heure. Préparez vos affaires et tenez vous prête.