Ashrem & Jiluine 1.1

 
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La rotation allait bientôt avoir lieu et il n'avait aucune idée d'où se trouvait Jiluine. Elle, qui était toujours excitait par tout ce qui entourait cet événement n'allait tout de même pas le rater. D'autant plus qu'ils ne se verraient peut-être plus après aujourd'hui. Comment expliquer à des enfants et encore plus à des jumeaux qu'ils allaient être séparés pour le reste de leur vie ?

Depuis qu'Ashrem et sa sœur, alors âgés de dix ans, avaient étaient spectateurs de cette journée, ils n'avaient pas arrêté d'y penser et de s'y préparer. Trop jeune à l'époque pour être sélectionné, Ashrem n'était pas parti. Mais cette année, ça ne serait pas pareil, et il serait parmi les âgés, il devra sûrement prouver qu'il peut être à la hauteur des tâches de ses aînés s'il souhaite progresser rapidement dans la hiérarchie.

Mais il ne pourra pas en profiter pleinement si sa sœur n'est pas présente avec lui. Il tourna dans une rue étroite, raccourcis efficace, mais nécessitant une certaine habileté pour éviter les gens en train de dormir et les différents projectiles lâchés par les habitants des maisons voisines. Il arriva enfin dans sa rue. Artère principale de la cité, ils occupaient en appartement dans au-dessus d'un tailleur dans lequel travaillait sa mère.

Il prit la rue perpendiculaire et monta l'escalier qui permettait d'accéder aux habitations sans passer par la boutique. Arrivé devant la porte de leur chambre, il la fit claquer contre le mur en l'ouvrant et serra les dents tout en fermant les yeux dans l'attente de la réprimande du rez-de-chaussée. Mais rien ne se fit entendre. Ni du plancher, ni de la pièce qui l'accueillait.

Si elle n'était ni sur son lieu de travail ni chez eux, où pouvait-elle bien être ? Il ne voyait qu'un seul endroit, en dehors de la ville. S'il décidait de s'y rendre, il risquait fort de se retrouver en retard. Son choix était déjà fait, avant même qu'il ne se pose la question, il savait ce qu'il avait à faire. Il sortit de chez lui et courut aussi vite que son entraînement le lui permettait désormais.

« Ash ! » Il était presque arrivé à la limite de la ville lorsqu'il se fit intercepter par Leza, une amie de Jiluine « Jil m'a dit de te dire qu'elle te retrouverait sur la place de l'ascension. Je crois qu'elle est partie chercher quelque chose.

— Elle sera là à temps ? Je ne peux pas partir sans lui dire au revoir. Elle était déjà partie à mon réveil alors qu'elle sait que la sélection est tôt cette fois-ci.

— Et tu ne crois pas qu'elle est au courant ? Elle doit en savoir plus que toute la ville réunie à ce sujet. Fais lui confiance et va te préparer. » Il acquiesça et la serra dans ses bras en signe d'adieu. C'était sûrement la dernière fois qu'il en avait l'occasion. Ils s séparèrent et il partit en direction de la place où devait déjà se trouvaient des dizaines de jeunes.

Plus d'une heure qu'il attendait et toujours pas de nouvelles de sa sœur. Il était désormais persuadé qu'il ne la verrait pas et s'était installé avec les autres d'un côté de la fontaine, alignés en colonnes suffisamment espacés les uns des autres pour qu'une personne puisse circuler.

Les derniers retardataires arrivaient au compte goûte et lorsque la cloche se mit enfin à sonner, annonçant à la fois la rotation et la fin de son espoir de revoir sa sœur, les gardes entrèrent dans la place et encerclèrent les aspirants. Est-ce qu'ils avaient peur qu'ils s'enfuient ? Il ne le savait pas, mais d'après Jiluine, ça, c'était toujours passait comme ça. D'après elle, c'était à la fois tant un rituel que par expérience. Dans toutes l'histoire des rotations qu'elle avait étudié, elle n'avait pu retrouver certaines informations en concernant deux. Elle ne savait pas pourquoi et toutes ses recherches depuis s'étaient portées dans cette direction.

Ils n'attendirent pas longtemps avant que les membres de l'armée fassent leur apparition. Leurs armures noires, veinées d'argents, ne laissaient rien percevoir de la personne à l'intérieur. Ashrem était ébahi devant leur prestance. Il s'imaginait déjà à leurs places en train de décider du destin des enfants devant eux.

Mais ce n'était pas l'heure d'y penser. Les soldats s'étaient éclatés dans les rangs et passaient en revue les recrues. Pour chaque reçu, ils déchiraient son haut de leur épée à la lame toute aussi noire que leurs armures, laissant de temps en temps une estafilade sur leurs victimes.

Lorsque vint son tour, il osa regarder un bref instant dans les orbites du casque, mais n'y vit rien. Attendant la griffure de la lame qui se faisait un peu trop attendre à son goût, il ne pensait plus à sa sœur, mais à son père qu'il n'avait jamais connu, partit à peu près à son âge pour l'armée. Bien qu'il ne l'avait jamais vue, il savait qu'il serait fier de lui. La lame le béni d'une douleur tant attendue.

Soulagé, il se dirigea comme les autres reçus de l'autre côté de la fontaine, laissant son voisin en pleurs, agenouillé dans la boue. Sa famille de l'accepterait sûrement plus parmi eux. À chaque accepté, la foule criait à pleins poumons. Il aperçut sa mère en larmes, seule. Jiluine n'était donc pas rentrée.

Puis les cris changèrent de ton. Ashrem ne comprenait pas pourquoi. Un autre candidat venait d'être reçu et le soldat passait à un autre. Et, comme les autres, il comprit. Sous l'apparence d'un garçon de son âge, ce n'était autre que sa sœur qui venait d'être sélectionnée. Elle s'était coupé les cheveux pour passer inaperçu et rentrer dans les rangs, mais sa poitrine qui apparaissait sous sa veste ne laissait pas l'ombre d'un doute.

Les gardes, se regardèrent, mais ne voyant pas les soldats être plus embêtés que ça par la nouvelle ne bougèrent pas, la laissant rejoindre son frère, un grand sourire sur ses lèvres. Elle lui prit la main et la leva, en signe de victoire, pour sa mère et sa ville. Les cloches s'arrêtèrent, indiquant la fin de la rotation et la fin de la sélection.